Fin novembre 1984, Retour vers le futur tournait avec un tout autre Marty McFly : ce que la production a dû refaire a coûté des millions

Fin novembre 1984, les caméras tournent déjà sur le tournage de Retour vers le futur. Mais l’acteur qui porte la veste sans manches et le blouson au dos floqué n’est pas Michael J. Fox. C’est Eric Stoltz, révélation du film Mask, choisi quelques mois plus tôt pour incarner Marty McFly. Cinq semaines plus tard, il sera débarqué du projet, et Universal devra rejouer une bonne partie du film déjà mis en boîte. Une décision qui a fait grimper la facture de plusieurs millions de dollars.

À retenir

  • Un acteur talentueux choisi par erreur pour incarner le héros comique du film
  • Une méthode de jeu si immersive qu’elle crée une tension palpable sur le plateau
  • Un coût faramineux pour corriger le tir, mais un pari qui s’avérera payant

Un choix de casting par défaut, dès le départ

Robert Zemeckis et son coscénariste Bob Gale voulaient Fox depuis le début. Problème : l’acteur est alors coincé sur le tournage de la sitcom Sacrée Famille (Family Ties) et son producteur refuse de le laisser filer. Michael J. Fox était le premier choix pour jouer Marty McFly, mais il tournait alors la sitcom Family Ties, et son producteur, craignant que son absence nuise au succès de la série, ne lui a pas transmis le scénario. C’est le patron d’Universal en personne, Sid Sheinberg, qui pousse pour Stoltz après l’avoir vu dans Mask. Sid Sheinberg, le patron d’Universal Pictures à l’époque, avait poussé pour engager Stoltz après avoir été très impressionné par sa performance dans Mask.

Sur le papier, rien d’absurde. Stoltz est un acteur talentueux, capable de porter un film dramatique sur ses épaules. Le hic, c’est que Retour vers le futur n’est pas un drame. Le problème, c’est que son énergie ne correspondait pas à la comédie fun que Zemeckis et Gale voulaient réaliser. Christopher Lloyd, qui campe Doc Brown, se souvient très bien du décalage : « Bien qu’il jouait bien le rôle, il n’apportait pas cet élément de comédie à l’écran ». Lea Thompson, elle, résume la situation d’une phrase sans détour : « Eric avait une telle intensité. Il voyait du drame dans tout. Il n’était pas vraiment un comique, et ils avaient besoin d’un comique. »

Un tournage sous tension et une méthode d’acteur qui casse tout

Le climat sur le plateau n’aide pas. Stoltz applique une méthode d’acteur très immersive, au point d’exiger qu’on ne l’appelle jamais par son prénom. Thomas F. Wilson, qui joue Biff, s’en souvient encore avec une pointe d’agacement : dans une scène de bousculade, l’acteur y allait de toute sa force, prise après prise, refusant de se retenir dans une scène où Marty et Biff se poussent, laissant Wilson avec les clavicules meurtries. Une ambiance étrange, presque anxiogène, qui contraste avec l’esprit potache que Zemeckis cherchait à installer.

Le réalisateur et Bob Gale visionnent les rushs après plus d’un mois de prises de vues et arrivent à la même conclusion : ça ne fonctionne pas. Un mois après le début du tournage, Zemeckis a revu les rushs et, bien que réticent car très autocritique, il a senti que la performance de Stoltz ne fonctionnait pas, dressant une liste des scènes à retourner. Zemeckis lui-même qualifiera plus tard cette période de véritable épreuve professionnelle : « Ce fut la pire expérience de ma carrière. C’était vraiment horrible, vous savez. Je ne veux plus jamais revivre ça. »

La note s’alourdit : plusieurs millions de dollars envolés

Convaincre le studio n’est pourtant pas gagné. C’est Steven Spielberg, producteur exécutif du projet via Amblin, qui pèse dans la balance et pousse pour le changement, au risque de faire capoter la production. Sheinberg finit par donner son feu vert pour retourner les scènes nécessaires. Stoltz est officiellement écarté le 10 janvier 1985, après cinq semaines de tournage dans la peau de Marty.

Reste la question qui fâche : combien ça coûte de changer de héros en plein tournage ? Les chiffres varient légèrement selon les sources, mais l’ordre de grandeur est le même. Le changement aurait ajouté 4 millions de dollars au budget initial de 15 millions. presque un tiers de budget supplémentaire pour reprendre des scènes déjà tournées, réorganiser les plannings et composer avec la double vie professionnelle de Fox, qui tourne Retour vers le futur la nuit tout en assurant ses obligations sur Sacrée Famille le jour. Un rythme épuisant, mais qui a payé : le film rapportera 390 millions de dollars au box-office et donnera naissance à deux suites.

Vu sous cet angle, la dépense paraît presque anecdotique face au phénomène culturel que la trilogie est devenue. Mais sur le moment, personne ne pouvait prédire ce succès. Prendre la décision de tout recommencer, en pleine production, relevait presque du pari suicidaire pour un studio qui avait déjà rejeté le scénario plus de quarante fois avant de le mettre en chantier.

Une histoire sans rancune, quatre décennies plus tard

Le plus surprenant, c’est peut-être l’absence de conflit durable entre les deux acteurs. Dans son mémoire publié en 2025, intitulé Future Boy, Fox raconte avoir renoué le contact avec Stoltz des décennies après les faits. Il révèle avoir écrit à l’acteur une lettre reconnaissant l’étrangeté de leur histoire commune, plaisantant que si Stoltz voulait lui dire d’aller se faire voir, il comprendrait. Une pirouette qui rappelle, elle aussi, l’esprit du film : dans Retour vers le futur, une simple photo qui s’efface ou un détail modifié dans le passé suffit à bouleverser tout un avenir. Le tournage lui-même en a fait, sans le savoir, une démonstration grandeur nature.

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