Trois décennies de rumeurs pour finalement extraire à peine plus de mille cartouches du sable du Nouveau-Mexique. Le 26 avril 2014, une équipe de tournage armée de pelleteuses a mis fin à l’une des légendes les plus tenaces du jeu vidéo en creusant la décharge d’Alamogordo. Le bilan officiel grâce à des recherches minutieuses et beaucoup de chance, l’équipe a localisé 1 382 cartouches, dont des exemplaires d’E.T., Centipede et Pac-Man. Loin, très loin, des millions annoncés par la légende.
À retenir
- Qu’avait vraiment enterré Atari en 1983 dans cette décharge perdue du Nouveau-Mexique ?
- Comment une simple affaire économique de 1983 s’est transformée en légende urbaine incontournable
- Pourquoi les archéologues n’ont creusé que 4 acres sur 300, laissant le mystère partiellement irrésolu
Une légende née d’un article de journal en 1983
Tout commence en septembre 1983. Le krach du jeu vidéo vient de ravager l’industrie et Atari se retrouve avec un entrepôt entier d’invendus à El Paso. L’entreprise négocie discrètement un accord avec une décharge d’Alamogordo pour se débarrasser de près de 800 000 cartouches, ainsi que des consoles et du matériel promotionnel. Le New York Times confirme l’affaire quelques jours plus tard : 14 camions de cartouches et de matériel informatique mis au rebut ont été déversés sur le site.
Le problème, c’est que personne ne sait exactement ce qui a fini sous terre. La décharge est en accès interdit, les déchets sont enterrés chaque nuit pour décourager les curieux. De quoi transformer un simple fait divers économique en mythe urbain incontrôlable. « C’était classée parmi les plus grandes légendes urbaines de tous les temps », résume Joe Lewandowski, un habitant d’Alamogordo qui a assisté à l’enfouissement à l’époque. Même Atari, des années plus tard, niera en bloc. « Même Atari disait que ça n’était jamais arrivé », ajoute-t-il.
Deux jours de fouilles pour percer le mystère
Il aura fallu attendre 2014 et l’initiative d’une société de production pour que la vérité sorte enfin de terre. Le tournage du documentaire Atari: Game Over, porté par Xbox Entertainment Studios et Lightbox, obtient le feu vert de la municipalité. Mais les conditions sont strictes : la ville accepte l’excavation mais n’accorde que deux jours et quatre acres d’accès dans une décharge qui en compte 300. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin, sauf que l’aiguille pesait plusieurs tonnes de béton coulé par-dessus les déchets pour empêcher tout pillage.
Sur place, l’ambiance vire vite au chantier archéologique version western. les conditions étaient loin d’être idéales, avec de forts vents provoquant une véritable tempête de poussière, raconte un témoin de l’équipe de tournage. Les archéologues, eux, procèdent méthodiquement, cataloguant chaque trouvaille comme s’il s’agissait d’un site funéraire antique. chaque coup de pelle ou de godet exposait davantage de jeux et de matériel, des milliers de cartouches représentant des dizaines de titres. Le chercheur Andrew Rothaus tombe même sur une pièce rare : dans le « Panier 5 », Rothaus a récupéré un exemplaire d’E.T. en boîte, complet avec notice, catalogue et un encart Raiders of the Lost Ark.
728 000, pas des millions : la vérité chiffrée
C’est là que la légende s’effondre officiellement. James Heller, l’ancien manager d’Atari chargé de l’enfouissement en 1983, sort du silence pendant les fouilles et livre le chiffre réel à l’Associated Press : contrairement à la légende urbaine qui prétend que des millions de cartouches ont été enterrées, Heller déclare que seulement 728 000 cartouches ont été enfouies. Un chiffre énorme, certes, mais à des années-lumière des estimations qui circulaient depuis trente ans sur des forums entiers dédiés au mystère.
Sur le terrain, l’excavation elle-même confirme que le site n’a livré qu’une infime fraction du trésor supposé. Une tempête de sable finit même par interrompre les travaux avant que l’équipe n’ait pu creuser davantage. potentiellement des millions de cartouches supplémentaires, ainsi que d’autres artefacts comme des ordinateurs Atari, des prototypes et des documents d’entreprise, restent sur le site de la décharge. Le mystère n’est pas totalement clos, il est simplement resté sous terre faute de temps et de budget.
Côté diversité, la surprise vient aussi du contenu. E.T. n’était pas seul dans sa tombe de béton. Les fouilles ont révélé une véritable capsule temporelle du catalogue Atari de l’époque, avec des titres comme Centipede, Pac-Man, Defender, Warlords ou encore Raiders of the Lost Ark mêlés aux exemplaires du jeu maudit tiré du film de Steven Spielberg.
Que sont devenues les cartouches déterrées ?
Une partie du butin a rejoint des vitrines de musée, une autre a fini sur les sites d’enchères en ligne. La ville d’Alamogordo, propriétaire légale des objets puisqu’ils provenaient de sa décharge, a organisé plusieurs ventes qui ont fini par rapporter gros pour une collectivité de quelques dizaines de milliers d’habitants. une réserve de cartouches Atari déterrée dans une décharge du Nouveau-Mexique l’année précédente a généré plus de 100 000 dollars de ventes. Un exemplaire encore dans sa boîte d’origine s’est même envolé à le jeu « E.T. », toujours dans sa boîte d’origine, s’est vendu 1 537 dollars, preuve que le plus mauvais jeu de l’histoire du jeu vidéo peut malgré tout valoir cher une fois transformé en relique.
Ce qui rend cette histoire savoureuse, c’est le décalage permanent entre le récit fantasmé et la réalité mesurée à la pelle mécanique. Une légende gonflée par un article de presse en 1983, entretenue pendant trente ans par le silence d’une entreprise qui a changé de mains une bonne dizaine de fois, et finalement ramenée à sa juste proportion par une poignée d’archéologues amateurs armés de sacs de congélation et de patience. Le site de Alamogordo, lui, garde encore sous ses 296 acres non fouillés largement de quoi alimenter une prochaine génération de chercheurs curieux.
Sources : dailygeekshow.com | jeuxvideo.com