31 épisodes diffusés, puis effacés en une seule scène : ce que Dallas a fait passer pour un simple rêve

Un homme mort et enterré resurgit sous la douche de son ex-femme, un sourire aux lèvres et un « bonjour » enjoué à la bouche. C’est ainsi que Dallas a réglé, en trente secondes, ce qui avait occupé trente et un épisodes entiers de sa neuvième saison. Le 16 mai 1986, la série culte de CBS signe l’un des retournements les plus audacieux (et les plus critiqués) de l’histoire de la télévision américaine.

À retenir

  • Une saison entière de Dallas disparaît en trente secondes, transformée en simple rêve
  • Le retour de Patrick Duffy négocié lors d’un déjeuner à Malibu aurait été inspiré par une blague conjugale
  • Le twist a choqué l’industrie : aucune série n’a osé le reproduire sans être accusée de copier Dallas

Un an de deuil télévisuel effacé en une scène

Tout commence avec le départ de Patrick Duffy, lassé du rôle de Bobby Ewing après plusieurs années de tournage. En 1985, Patrick Duffy opte pour quitter le feuilleton phare Dallas, si bien que son personnage, Bobby Ewing, est renversé par une voiture et tué. La production décide alors de faire vivre le clan Ewing sans lui, persuadée que le show peut tenir sans son second rôle masculin le plus populaire.

Mauvais calcul. Alors que le plan était de faire continuer Dallas sans Bobby, les audiences de la série ont commencé à chuter sans la présence de Duffy. Et il n’y a pas que les chiffres qui inquiètent : Larry Hagman, qui incarnait le magnat pétrolier J.R. Ewing, aurait manqué son partenaire de jeu et l’exprimait ouvertement. Trente et un épisodes plus tard, exactement, la production capitule. C’est le chiffre que retiennent tous les historiens de la série : une saison complète de 31 épisodes s’écoule avant que Pam ne se réveille un jour pour trouver Bobby sous la douche, et que les spectateurs apprennent que toute la saison 9 n’était qu’un rêve dans la tête de Pam.

Une idée née… d’une blague conjugale

L’anecdote vaut son pesant d’or. Quand Larry Hagman invite Duffy à déjeuner à Malibu pour lui proposer de revenir, l’acteur sait déjà ce qui l’attend. Sa femme de l’époque, Carlyn Rosser, lance alors une remarque qui allait devenir le scénario officiel : « Ils vont me demander de revenir dans la série », dit Duffy à sa femme, qui répond alors : « Tu ne peux pas revenir à moins que la saison dernière ait été un rêve ». Une phrase lancée à la légère, reprise mot pour mot par les scénaristes.

Le showrunner Leonard Katzman s’empare de l’idée et bâtit dessus tout le twist final. La scène de la douche elle-même a été tournée dans une discrétion presque comique : selon Patrick Duffy, ni les acteurs, ni l’équipe technique, ni les dirigeants de CBS ne savaient que la scène avait été filmée, et elle a été montée en moins d’une heure avant la diffusion. Victoria Principal, qui joue Pam, n’a même pas tourné physiquement avec Duffy : elle n’avait pas été sur le plateau avec lui et réagissait en réalité à un autre acteur dans la douche. Un tour de passe-passe monté à la dernière minute, digne d’un magicien plus que d’un scénariste.

Le « waouh » du public, la colère des acteurs

Le lendemain, l’Amérique entière ne parle que de ça. La presse de l’époque n’hésite pas à comparer l’événement au cinéma d’horreur : l’agence Associated Press qualifie la scène de « plus célèbre scène de douche depuis Psycho ». Pas mal pour un feuilleton familial texan sur le pétrole.

Mais tout le monde n’a pas savouré la pirouette. Certains membres du casting, dont les intrigues de toute une saison venaient de partir à la poubelle scénaristique, ont eu du mal à digérer la nouvelle. Steve Kanaly, l’interprète de Ray Krebbs, ne mâche pas ses mots des années plus tard : « Je ne veux pas les citer par leur nom, mais plusieurs acteurs étaient furieux car leurs intrigues avaient été perdues à cause de ça. Et ça a eu un gros impact ». Il va jusqu’à évoquer une « perte d’audience de 10% parce que les gens étaient vexés de voir l’intrigue de la mort jetée à la poubelle ».

Les chiffres réels, eux, racontent une histoire plus nuancée. La saison « rêve » a réuni en moyenne 18,8 millions de téléspectateurs, contre 18,6 millions pour la saison suivante, soit un écart de guère plus de 1%, tandis que la saison 11 a connu un déclin de 18% de l’audience. Le vrai décrochage n’est donc pas venu tout de suite, mais un peu plus tard, quand la mécanique narrative de la série a commencé à s’essouffler pour d’autres raisons.

Cinq saisons de sursis pour les Ewing

La série, elle, a largement survécu à son propre sabotage narratif. Malgré la méfiance suscitée chez les spectateurs, Dallas s’est poursuivie pendant cinq saisons supplémentaires et plus de 120 épisodes, avec Patrick Duffy présent jusqu’à la fin. Un come-back qui, sur le papier, ressemble à un fiasco créatif, mais qui a rempli sa mission première : garder la série en vie et sur les écrans jusqu’en 1991.

Duffy lui-même n’a jamais renié le procédé, allant jusqu’à en plaisanter ouvertement. Il aime rappeler que Shakespeare utilisait déjà ce ressort dramatique : « La moitié des pièces de Shakespeare contiennent des rêves », glissait-il, avant d’ajouter, plus taquin, qu’il l’avait fait simplement parce que Hagman le lui avait demandé. Une chose est sûre : depuis ce jour de mai 1986, aucune série n’a osé réutiliser le procédé à cette échelle sans se faire immédiatement accuser de copier Dallas. Le mot « dream season » est même entré dans le vocabulaire des scénaristes américains comme synonyme d’une pirouette narrative à double tranchant, capable de sauver un show à court terme tout en fragilisant durablement la confiance du public dans ce qu’il regarde.

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