Trois euros. C’est le prix affiché en gros sur la pub télé, entre deux dessins animés du mercredi après-midi. Mais ce montant ne correspondait pas à un achat unique, mais à une facturation qui revenait, semaine après semaine, sur la ligne familiale sans que personne ne comprenne pourquoi. Le nom qui revient le plus souvent dans les témoignages de l’époque ? Jamba, éditeur de sonneries et de logos pour téléphones portables, devenu malgré lui le symbole d’un système qui a fait grincer des dents pendant plus d’une décennie.
À retenir
- Comment un simple SMS a transformé des cadeaux gratuits en abonnements cachés facturés chaque semaine
- Le code secret des numéros surtaxés : pourquoi le chiffre 8 était le vrai danger dans votre facture
- Pourquoi le message de confirmation que vous aviez reçu ne vous a jamais sauvé du piège
Comment un simple « OUI » transformait un cadeau en abonnement
Le mécanisme reposait sur une astuce commerciale redoutablement efficace : le SMS+. N’importe quelle personne envoyant un SMS surtaxé depuis son portable se voyait facturer ce SMS par son opérateur, mais en 2007, une variante « abonnement » est née, permettant à un abonné de recevoir par la suite des contenus divers et variés de manière régulière, directement sur son téléphone. Une sonnerie de dessin animé, un logo rigolo, un jeu à télécharger : le premier envoi semblait gratuit ou presque. Chacun de ces envois lui était alors facturé jusqu’à 3 €.
Le piège tenait dans la mécanique elle-même. Il suffisait qu’un tiers, un enfant ou un petit-enfant par exemple, envoie le premier SMS pour que le titulaire de la ligne se retrouve abonné sans le savoir. Et ce n’était pas un hasard de communication : certains éditeurs n’hésitaient pas à « offrir » un contenu sans préciser clairement que ce cadeau était corrélé à un abonnement à un service payant. Résultat ? Des familles entières découvraient, des mois plus tard, une ligne de facturation mystérieuse qu’aucun adulte n’avait jamais validée consciemment.
Pour repérer ces numéros à cinq chiffres, l’UFC-Que Choisir avait établi un code de lecture assez simple. Ils avaient une particularité : le deuxième chiffre de leur numéro était toujours un 8, et si une publicité proposait d’envoyer « OUI au 88XXX » pour recevoir une sonnerie gratuite, il s’agissait à coup sûr d’un système de SMS+ avec abonnement. Le premier chiffre, lui, indiquait le tarif réel : un numéro commençant par 5 facturait chaque envoi 20 centimes, tandis qu’un numéro commençant par 8 pouvait grimper jusqu’à 3 € par message. Autant dire que le lundi matin, jour de rappel scolaire pour beaucoup de foyers, coïncidait souvent avec le jour d’envoi programmé de ces contenus « premium ».
Jamba, la sonnerie qui a fait des vagues jusqu’en Suisse
Le cas Jamba n’était pas isolé à la France. En Suisse romande, la Fédération romande des consommateurs recevait des dizaines de témoignages similaires, avec ce constat : que l’origine du problème soit Jamba ou Echovox, dans beaucoup de cas la personne avait commandé un logo, une sonnerie ou un jeu, mais elle ignorait totalement que, par un simple SMS, elle avait conclu en réalité un abonnement. Un abonné suisse racontait avoir découvert la facturation récurrente en consultant le relevé détaillé de sa facture, où figurait chaque mois le service du serveur téléphonique Jamba pour un abonnement qu’il n’avait jamais conclu.
Le problème s’aggravait avec des conditions générales illisibles. La même personne se plaignait que les conditions et règlements reçus étaient quasi illisibles et incompréhensibles, la traduction étant de si mauvaise qualité que même reçue sur le portable, elle n’y aurait rien compris. En France, les associations de consommateurs allaient documenter des dérives tout aussi spectaculaires : une femme s’était retrouvée à payer 98 SMS surtaxés pour un total de plus de 150 euros, sans jamais avoir eu l’impression de « s’abonner » à quoi que ce soit.
Un garde-fou existait pourtant sur le papier. Quelques garde-fous avaient été mis en place : une fois le premier SMS envoyé, un message de confirmation précisant le tarif était reçu en retour, et ce n’est qu’une fois ce SMS validé que l’abonnement prenait réellement effet. Mais dans la pratique, ce second message passait souvent inaperçu, noyé parmi d’autres SMS, ou rédigé dans un jargon qui ne disait jamais clairement « vous venez de vous abonner à un service facturé toutes les semaines ». Un enfant de dix ans qui répond « OUI » à une pub pour une sonnerie de dessin animé ne lit évidemment pas les petites lignes.
Comment stopper l’hémorragie, hier et aujourd’hui
Le réflexe salvateur restait le même partout : répondre STOP. Il était possible de mettre fin à tout moment à ce type d’abonnement en envoyant le mot STOP en retour aux SMS reçus. En Suisse, la formule était légèrement différente mais tout aussi directe : envoyer un SMS avec le texte « STOP ALL » au numéro abrégé concerné pour résilier tous les abonnements sur ledit numéro. Un mot, sept lettres, et la ligne familiale cessait enfin de saigner chaque semaine.
Aujourd’hui, le paysage a changé, mais la vigilance reste de mise. En France, les autorités ont mis en place des outils de signalement bien identifiés : il est possible de signaler les problèmes sur www.surmafacture.fr ou via la plateforme de lutte contre les spams vocaux au 33700. Le phénomène des numéros surtaxés n’a d’ailleurs pas disparu, il a simplement changé de visage : de la sonnerie payante, on est passé au smishing bancaire et aux fausses livraisons de colis. En 2025, le smishing a explosé avec de faux colis, faux impôts, faux Ameli, faux SFR, et les chiffres de l’Arcep montrent une hausse de 38 % des signalements en un an. Face à cette ampleur, le régulateur a durci le jeu : une décision modifiant le plan national de numérotation est entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2026, avec un objectif clair, rendre l’usurpation de numéros nettement plus difficile à exploiter. De quoi rassurer, sans pour autant baisser la garde : la sonnerie Jamba a laissé place à d’autres pièges, mais le vieux réflexe du « STOP » et du signalement au 33700 reste, aujourd’hui encore, la meilleure ligne de défense sur sa facture mobile.
Sources : frc.ch | inc-conso.fr