Pendant les scènes les plus mémorables de « K 2000 », une chose frappait déjà les spectateurs français les plus attentifs : le générique de fin égrenait les noms de David Hasselhoff, Edward Mulhare, Patricia McPherson… mais jamais celui de l’homme qui prêtait sa voix à KITT. Ce silence n’était pas un oubli isolé. Il a duré des années, et il tient en réalité à deux histoires distinctes qui se sont superposées : un choix artistique délibéré aux États-Unis, et une habitude bien française de laisser les comédiens de doublage dans l’anonymat.
À retenir
- Pourquoi William Daniels a-t-il volontairement demandé à ne pas être crédité aux États-Unis ?
- Comment une habitude française du doublage anonyme a-t-elle perpétué le mystère en France ?
- Quel événement a finalement permis aux fans de découvrir le vrai nom derrière la voix légendaire ?
Un choix voulu par l’acteur américain lui-même
Aux États-Unis, l’absence de crédit n’avait rien d’un hasard. La voix anglaise si caractéristique de KITT est celle de l’acteur William Daniels qui, à sa demande, ne fut initialement pas crédité au générique afin de préserver l’illusion que KITT était une entité autonome. L’idée était maligne : si le public associe une voix connue à un visage d’acteur, la magie de la voiture pensante s’effondre un peu. Mieux valait laisser planer le doute. Résultat ? Une génération entière de téléspectateurs américains a grandi persuadée que KITT parlait, tout simplement, sans se demander qui se cachait derrière.
Ce brouillage volontaire a traversé l’Atlantique sans le vouloir. Quand la série débarque en France, diffusée pour la première fois à partir du 22 avril 1986 dans À fond la caisse sur La Cinq jusqu’au 11 avril 1992, le doublage français ne mentionne pas davantage son propre comédien. La série connaîtra ensuite plusieurs vies sur le petit écran hexagonal, avec une rediffusion sur TF1 du 8 août 1994 au 26 août 1995 et du 20 janvier au 13 décembre 1997, puis aussi sur M6 de 2002 à 2004 et sur NT1 et RTL9. Autant de passages à l’antenne, autant d’occasions manquées de découvrir un nom.
Guy Chapellier, la voix fantôme des années 80
Le mystère avait pourtant une solution simple : Guy Chapellier. C’est lui qui a été la voix du narrateur dans la série télévisée La Quatrième Dimension, celle de la voiture KITT dans la série télévisée K 2000 et de Templeton « Futé » Peck dans l’Agence tous risques. Un comédien loin d’être inconnu du grand public, en réalité, puisqu’il est la voix française régulière de Scott Bakula, Eric Roberts, Nicholas Lea, William Fichtner, David James Elliott, Currie Graham et Christopher Cousins. Sa voix, les Français l’ont entendue des centaines de fois sans jamais mettre de nom dessus.
Le problème, c’est que le doublage français n’a longtemps eu aucune culture du crédit systématique. Contrairement aux comédiens de cinéma ou aux acteurs de séries, les voix françaises n’apparaissaient quasiment jamais au générique dans les années 80 et 90, et les fiches techniques détaillées n’existaient tout simplement pas pour le grand public. Il fallait attendre l’essor d’internet, des forums spécialisés et de sites comme AlloDoublage ou Wiki Doublage pour voir apparaître, noir sur blanc, l’association entre un acteur et un rôle. Sur les forums de passionnés, la révélation a souvent pris la forme d’un déclic tardif entre initiés : un utilisateur évoquant Guy Chapellier notamment connu pour être la voix française régulière de Scott Bakula et de Nicholas Lea, mais aussi pour avoir été la voix de la voiture KITT dans la série K 2000, provoquant chez d’autres un authentique effet madeleine de Proust.
L’anecdote amusante, c’est que Guy Chapellier n’a pas toujours été identifié correctement même par les bases de données professionnelles : son nom a parfois été mal orthographié ou crédité à tort Chapelier. Autant dire que pour le spectateur lambda, sans internet et sans forums de fans, reconnaître sa voix relevait de la mission quasi impossible. Il a fallu des passionnés, des interviews tardives et des sites dédiés à la série pour que le nom circule vraiment au-delà du petit cercle des connaisseurs du doublage.
Une carrière bien plus large que celle d’une voiture qui parle
Réduire Guy Chapellier à KITT serait d’ailleurs une erreur de perspective. L’homme a une carrière de doubleur particulièrement dense, avec des rôles qui ont traversé les générations : il prête sa voix à Templeton « Futé » Peck dans la série L’Agence tous risques, le général Crix Madine dans Star Wars, épisode VI : Le Retour du Jedi, jusqu’à des productions bien plus récentes. On l’a même entendu dans des blockbusters contemporains, puisqu’il a doublé Howard Stark dans le dernier volet des Avengers. Une trajectoire qui prouve que la voix de KITT n’était qu’un chapitre, certes marquant, d’un métier de l’ombre exercé sur plus de quarante ans.
Ce décalage entre notoriété du personnage et anonymat du comédien dit beaucoup de la place accordée au doublage en France à l’époque. Aujourd’hui, la tendance s’est largement inversée : les fiches de doublage sont accessibles en quelques clics, les comédiens ont leurs propres comptes sur les réseaux sociaux, et certains fans les invitent même en convention pour dédicacer des figurines de la Pontiac Trans Am noire. Un juste retour de bâton pour ceux qui ont longtemps travaillé sans jamais voir leur nom défiler à l’écran, alors que leur voix, elle, s’est incrustée durablement dans la mémoire collective de toute une génération de téléspectateurs français.
Sources : lemagazinedesseries.com | clubic.com