Retenu sur un autre plateau, Dougray Scott rend le rôle de Wolverine à quelques jours du tournage : ce que la production de X-Men a décidé le lendemain

Trois semaines. C’est le temps qu’il restait avant le premier jour de tournage quand la Fox a appris que son Wolverine ne viendrait finalement jamais sur le plateau. En 1999, l’acteur écossais Dougray Scott devait incarner Logan dans le tout premier X-Men, avant qu’un enchaînement de retards, un accident de tournage et un coup de fil de Tom Cruise ne changent la trajectoire d’un des plus gros succès du cinéma de super-héros.

À retenir

  • Comment un accident sur un autre plateau a changé la trajectoire d’une franchise majeure
  • La raison cachée pour laquelle Tom Cruise aurait refusé de laisser partir Dougray Scott
  • Comment Hugh Jackman a décroché le rôle de sa vie en trois semaines, sans préparation

Le rôle qui devait faire de lui une star

Retour en 1999. Bryan Singer prépare son adaptation des X-Men et cherche son Wolverine depuis des mois. Singer avait d’abord approché Russell Crowe pour jouer le rôle, mais celui-ci l’avait refusé en suggérant plutôt son compatriote australien Hugh Jackman. Mais Jackman est alors un parfait inconnu à Hollywood, et le studio préfère miser sur une valeur plus sûre.

Le studio finit par s’accorder avec Dougray Scott pour enfiler les griffes, une rumeur apparue dès mai 1999 et confirmée le mois suivant. D’après le scénariste David Hayter, ce choix venait directement du sommet : le patron du studio Tom Rothman voulait vraiment que Dougray Scott joue Wolverine. Un pari pas si évident sur le papier, l’acteur écossais étant surtout connu pour des rôles dans des comédies romantiques. Ironie du sort, Scott aurait lui-même hésité avant d’accepter : selon certaines interviews, il aurait décliné la proposition à trois reprises avant de finalement signer.

Le tournage qui n’en finissait plus

Le problème, c’est que Scott tourne au même moment un autre blockbuster : Mission: Impossible II, où il campe le méchant Sean Ambrose face à Tom Cruise. Selon un article de Variety annonçant son casting côté X-Men, Scott avait signé un contrat avec option pour une suite et devait commencer le tournage dès la fin de celui de Mission: Impossible, prévue pour septembre 1999. Sur le papier, le calendrier tenait. Dans la réalité du tournage de John Woo, tout part de travers.

Scott devait boucler le film en octobre 1999, mais les retards constants et l’incertitude autour du script rendaient cette échéance de plus en plus improbable à mesure que la date approchait. David Hayter se souvient de l’ambiance sur le plateau de X-Men, où le tournage avait déjà commencé sans son acteur principal : Bryan Singer soupçonnait que quelque chose clochait, et il avait envoyé la costumière en Australie, officiellement pour des essayages, mais en réalité pour comprendre ce qui se passait.

La réponse était sans appel. Dougray avait eu un accident de moto en tournant le climax de Mission: Impossible II, il était sacrément amoché, et c’était vraiment dommage qu’il ne puisse pas le faire. Scott, de son côté, a longtemps pointé du doigt une autre raison : la volonté de Tom Cruise de le garder sur son propre plateau. Il expliquera des années plus tard que Tom Cruise ne l’avait pas laissé faire, que la star lui avait dit devoir rester finir le film, et que pour une raison ou une autre, Cruise avait refusé qu’il fasse les deux. Une version que Scott martèlera dans plusieurs interviews, tout en reconnaissant que d’autres personnes faisaient tout leur possible pour que ça marche.

Le lendemain, la Fox lance une chasse à l’acteur express

Le tournage de X-Men ne peut pas attendre. Le studio a des dates de sortie à tenir, un budget engagé, et un plateau entier mobilisé. Scott a dû abandonner le projet, plongeant l’équipe derrière X-Men dans une course effrénée pour lui trouver un remplaçant avant le début du tournage. Kevin Feige, alors simple assistant de la productrice Lauren Shuler Donner et aujourd’hui grand manitou de Marvel Studios, résume la scène en quelques mots : il y a eu une véritable ruée pour trouver notre Wolverine.

C’est là que le nom mis de côté quelques mois plus tôt refait surface. Hugh Jackman avait déjà été dans la course auparavant, et c’est la productrice exécutive Lauren Shuler Donner qui a proposé de le rappeler. Convoqué en urgence, l’Australien passe une audition improvisée dans la caravane de Bryan Singer, sous le regard peu convaincu du scénariste Tom DeSanto. Le pari est risqué, mais l’histoire lui donne raison : Hugh Jackman décroche finalement le rôle trois semaines avant le début du tournage.

Un timing qui frôle le miracle industriel. Rien n’était réécrit pour lui, aucun costume ajusté à ses mesures, aucune répétition prévue. La production a simplement inversé son plan de tournage le temps de caler les scènes ne nécessitant pas Wolverine, le temps que Jackman apprenne son texte et enfile pour la première fois les fameuses griffes en métal.

Et Dougray Scott dans tout ça ?

Aucune rancune, à en croire ses multiples prises de parole sur le sujet au fil des années. Interrogé en 2013 sur le fait d’avoir raté le rôle, Scott confiait rester très reconnaissant, précisant que ce n’était pas comme si Jackman le lui avait volé, que son propre tournage avait simplement dépassé les délais et qu’il avait dû se retirer. Il ajoutera même, des années plus tard : j’adore ce que Hugh en a fait, c’est un type adorable.

Le contraste des trajectoires reste vertigineux. Jackman a enfilé les griffes de Logan pendant vingt-cinq ans, jusqu’à sa dernière apparition remarquée aux côtés de Ryan Reynolds. Scott, lui, a poursuivi une carrière solide entre cinéma et télévision britannique, sans jamais retrouver l’ampleur d’un rôle aussi iconique. Une question reste en suspens chez les fans de la franchise : et si l’accident de moto n’avait jamais eu lieu, à quoi ressemblerait aujourd’hui l’univers X-Men version Fox ?

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