Deux répliques, une seule voix. Quand Batman, la série animée débarque sur Canal+ en décembre 1992, des milliers de téléspectateurs français ont la même réaction : cette voix grave et posée qui sort de la Batmobile, ils l’ont déjà entendue ailleurs. Dans le cockpit du Faucon Millenium, précisément. Car le comédien qui prête sa voix à Bruce Wayne et à Batman à cette époque n’est autre que Richard Darbois, la voix française historique de Harrison Ford, donc de Han Solo.
À retenir
- Un comédien incarne à la fois Batman et Han Solo en version française, sans que personne ne le remarque immédiatement
- Richard Darbois possède une signature vocale si reconnaissable qu’elle trahit son identité entre deux rôles iconiques
- La diffusion massive de Batman sur Canal+ et ses rediffusions sur France 3 ont créé une génération entière exposée à cette coïncidence vocale
Richard Darbois, l’homme aux mille timbres qui ne change jamais vraiment
Richard Darbois a été la voix francophone de Harrison Ford, en remplacement ponctuel de Francis Lax à partir de « Blade Runner » en 1982, puis systématiquement depuis 1989. Han Solo, Indiana Jones : c’est lui, et depuis plus de quarante ans. Une fidélité rare dans le doublage français, où les comédiens changent parfois d’un film à l’autre selon les studios. Il est notamment connu pour être la voix française régulière d’Harrison Ford, Danny Glover, Richard Gere et Jeff Goldblum, mais aussi la voix de Biff Tannen dans la trilogie Retour vers le futur.
Ce qui frappe, avec Darbois, c’est justement cette absence de camouflage vocal. Contrairement à d’autres comédiens capables de complètement transformer leur timbre selon le rôle, sa signature reste identifiable, quel que soit le personnage. Une caractéristique qui a joué en sa faveur pour incarner des héros virils et charismatiques… mais qui explique aussi pourquoi tant de spectateurs ont fait le lien entre Han Solo et Batman en une seule phrase.
Batman, un rôle culte mais presque secondaire dans sa carrière
Contrairement à Han Solo, le rôle de Batman n’occupe qu’une place discrète dans la biographie officielle de Darbois, presque une curiosité au milieu d’une filmographie XXL. Richard Darbois reste la voix la plus emblématique du personnage, l’ayant notamment doublé dans la série d’animation Batman (1992-1995) et sa suite (1997-1999), ainsi que dans plusieurs films d’animation. Il ne s’agit donc pas d’un doublage ponctuel, mais d’une association longue de sept ans, sur près de 85 épisodes pour la première mouture seule.
Et le personnage ne se limite pas à l’univers de Gotham. Il double également Batman pour ses apparitions dans la série Superman, l’Ange de Metropolis (1997-1999). À l’époque, l’univers animé DC fonctionnait en vases communicants : les héros se croisaient d’une série à l’autre, et la voix française suivait le personnage plutôt que le programme.
Petite précision qui change tout pour comprendre le titre de cet article : ce n’est pas le Batman de Michael Keaton, sur grand écran, qui portait la voix de Darbois. Pour les films avec Michael Keaton, la version française était assurée par Patrick Osmond. Le Batman « Han Solo » est bien celui du petit écran, celui de la série animée diffusée sur Canal+, avec le graphisme sombre et anguleux signé Bruce Timm.
Pourquoi Canal+, et pas une autre chaîne
Le choix de la chaîne n’a rien d’anodin dans cette histoire de reconnaissance vocale collective. En France, la saison 1 a été diffusée en clair tous les samedis à partir du 5 décembre 1992 dans Décode pas Bunny sur Canal+, avant une diffusion quotidienne du 5 juillet 1993 au 3 septembre 1993 sur Canal+. Une exposition massive, en clair, qui a permis à toute une génération de grandir avec cette voix de Batman sans jamais se poser la question de son origine, jusqu’au jour où Star Wars repasse à la télé et où le déclic se produit.
La série a ensuite voyagé. Elle est rediffusée du 28 février 1994 au 16 juin 1994, puis du 5 septembre 1994 au 1er octobre 1994 sur France 3, avant une rediffusion et des saisons inédites en 1995 dans Télétaz et Les Minikeums, toujours sur France 3. la voix de Darbois-Batman a essaimé bien au-delà du public initial de Canal+, touchant une audience jeunesse qui ignorait tout de Han Solo mais qui, quelques années plus tard, en regardant la trilogie originale de Star Wars, a vécu l’expérience inverse : reconnaître Batman dans le cockpit du Faucon Millenium.
Ce n’est pas un hasard non plus si les critiques de l’époque saluaient la qualité de cette VF. La distribution des acteurs américains prêtant leur voix aux protagonistes était un des points forts de cette série, et la version française, bien que parfois chaotique dans l’attribution des voix, était de très bonne facture. Darbois n’était pas un choix par défaut : c’était une voix pensée pour incarner l’autorité tranquille du personnage, la même qui fonctionnait déjà pour Indiana Jones.
Après Darbois, une succession de voix moins évidentes
Le règne vocal de Darbois sur le Chevalier Noir ne dure pas éternellement. Après une période trouble de voix différentes entre 1999 et 2004, partagée notamment entre Patrick Messe, Bruno Carna et Stefan Godin, Adrien Antoine succède à Richard Darbois à partir de 2004 et devient la deuxième voix la plus caractéristique du personnage. Pour le cinéma, l’histoire vocale de Batman en français est encore plus éclatée : Richard Darbois, Adrien Antoine, Emmanuel Jacomy, Philippe Valmont pour la trilogie The Dark Knight, ou encore Boris Rehlinger pour la trilogie Zack Snyder se sont tous succédé derrière le masque, chacun avec sa propre lecture du personnage.
Cette valse de comédiens rend d’autant plus mémorable la période Darbois : sept années où un seul homme portait à la fois Han Solo dans les cinémas et Batman dans les salons français, sans que personne, au début, ne fasse le rapprochement. Aujourd’hui, avec les rediffusions en streaming et sur les chaînes câblées, cette anecdote de doublage continue de circuler entre fans, preuve qu’une bonne coïncidence vocale traverse mieux les décennies qu’un générique.
Sources : wikidoublage.fandom.com | les-ailes-immortelles.net