Des clients payaient un séjour pour vivre leur rêve : sur l’île diffusée par TF1 en 1980, ce qu’ils obtenaient n’était jamais ce qu’ils avaient demandé

Un couple d’amoureux paye cher pour revivre sa lune de miel. Un homme rêve de devenir une star de cinéma. Une femme veut retrouver l’amour de jeunesse qu’elle n’a jamais oublié. Sur cette île mystérieuse quelque part dans le Pacifique, tout se réalise, sauf que rien ne se passe comme prévu. C’est tout le principe de L’Île fantastique, série culte débarquée sur TF1 à la toute fin des années 70 et qui a marqué durablement les dimanches soirs des Français.

À retenir

  • Un concept simple mais implacable : payer pour vivre son rêve, risquer de l’obtenir transformé
  • Le vrai génie de la série : chaque fantasme exaucé cache une leçon de vie inattendue
  • Une fin controversée provoquée par une demande d’égalité salariale sur un plateau américain des années 80

Une île où l’on paye pour vivre un rêve, à ses risques et périls

Le mystérieux Mr. Roarke dirige un complexe hôtelier unique sur une île du Pacifique capable de réaliser n’importe quel fantasme, mais ces vœux ne se réalisent presque jamais comme prévu. Voilà, en une phrase, tout le moteur narratif de la série imaginée par Gene Levitt. Chaque semaine, de nouveaux invités débarquent en avion (accueillis par le cri désormais mythique de son assistant), avec dans leurs bagages un désir précis : retrouver un amour perdu, devenir riche, changer de vie, résoudre un conflit familial vieux de vingt ans. Mr Roarke, milliardaire excentrique propriétaire de l’île, accueille les touristes pour réaliser leur désir le plus cher, et si la plupart du temps il s’agit de trouver l’amour, ces fantasmes restent variés : problèmes familiaux, d’identité, mal-être ou recherche d’équilibre.

Le duo à la tête de cet établissement pas comme les autres, c’est justement ce qui a fait la marque de fabrique du programme. L’hôte de cette île fantastique est M. Roarke, qu’épaule son fidèle assistant, le nain Tattoo, afin d’exaucer les vœux les plus faramineux de ses invités. Ricardo Montalbán incarne ce personnage énigmatique, toujours en smoking blanc, presque omniscient, tandis qu’Hervé Villechaize donne à Tattoo une silhouette immédiatement reconnaissable. Deux ou trois intrigues se déroulent en parallèle à chaque épisode, un format qui permettait de multiplier les tons, entre comédie légère et vraie tension dramatique.

Le rêve devient souvent un piège : le vrai twist de la série

Ce qui distingue L’Île fantastique d’une simple carte postale exotique, c’est justement ce retournement systématique. Les scénaristes ne se contentaient pas d’exaucer les souhaits à la lettre : ils exploraient ce que ces désirs révélaient de leurs personnages, souvent au prix d’une bonne dose d’ironie ou de frayeur. Les scénaristes de la série avaient aussi de l’imagination pour montrer que ce que l’on désire peut se transformer en cauchemar. Un téléspectateur nostalgique résume bien l’esprit du programme : quel concept merveilleux, une personne paye pour des vacances qui vont mettre en scène son « fantasme ».

Le richissime Mr. Roarke ne se contentait jamais de rôle de simple prestataire de services. Le point de départ de la série, et son décor récurrent, c’est l’île du richissime M. Roarke, un personnage énigmatique à qui rien ne semble impossible, même l’importation d’un village français entier pour satisfaire un client. Cette capacité à tout recréer, à manipuler le décor comme la psychologie de ses invités, donnait à chaque épisode des allures de fable morale déguisée en divertissement dominical. On demandait le grand amour, on obtenait une leçon de vie. On voulait la gloire, on repartait avec une désillusion salutaire. C’est cette mécanique, presque cruelle par moments, qui a fait la force du programme plutôt qu’un simple exotisme de papier glacé.

Un phénomène venu de la même écurie que « La Croisière s’amuse »

Impossible de comprendre le succès de la série sans la resituer dans son contexte de production. Elle sort des studios du tandem Aaron Spelling et Leonard Goldberg, les mêmes producteurs qui cartonnaient déjà avec les aventures maritimes du Pacific Princess. Le parallèle saute d’ailleurs aux yeux : on prend « La Croisière s’amuse » et « Hôtel », et l’on transpose le même principe sur une île paradisiaque, voilà la recette gagnante de cette série. Même schéma d’invités de la semaine, même goût pour les guest-stars, même ton oscillant entre légèreté et petit frisson romantique.

Côté chiffres, la série a duré sept saisons, avec un pilote de 90 minutes diffusé le 14 janvier 1977 et sept saisons comportant au total 154 épisodes de 47 minutes, diffusées entre le 20 janvier 1978 et le 19 mai 1984 sur le réseau ABC. En France, le programme débarque sur TF1 dès la fin de l’année 1979, avant de s’installer dans le paysage télévisuel hexagonal au fil des rediffusions du début des années 80. Le tournage, lui, se déroulait loin de toute île tropicale : les épisodes ont été tournés dans le jardin botanique de Los Angeles, et présentent les aventures d’un maître et de son assistant, tous deux en smoging blanc, qui permettent à leurs invités de réaliser leur rêve. Seule la fameuse chute d’eau du générique, elle, venait d’un vrai décor paradisiaque : la cascade visible pendant le générique d’ouverture est celle de Wailua Falls, à Kauai, à Hawaï.

La série a connu une fin brutale liée à un conflit en coulisses. À la fin de la saison 6, Hervé Villechaize a quitté la série, renvoyé par les producteurs parce qu’il demandait un salaire égal à celui de son partenaire Ricardo Montalbán. Il a été remplacé au générique par Christopher Hewett dans le rôle de Lawrence, mais ce départ a précipité la fin de la série, qui s’est arrêtée l’année suivante. Un détail savoureux pour l’époque : réclamer l’égalité salariale sur un tournage américain du début des années 80 relevait presque de l’acte de résistance, bien avant que le sujet ne devienne un combat public à Hollywood.

Le concept a d’ailleurs traversé les décennies sans prendre une ride. Une nouvelle version portée par Roselyn Sanchez a été diffusée aux États-Unis puis proposée en France sur M6, preuve que l’idée d’une île où les rêves se transforment en leçons de vie continue de fasciner, quarante ans après que Tattoo ait crié pour la première fois l’arrivée de l’avion.

Laisser un commentaire