Deux saisons de gloire, puis un clap de fin brutal. En 1967, Diana Rigg tourne sa toute dernière scène dans la peau d’Emma Peel pour Chapeau melon et bottes de cuir, et elle ne remettra plus jamais un pied sur ce plateau. La raison n’a rien d’une simple lassitude d’actrice : elle vient de découvrir qu’elle touche moins qu’un membre de l’équipe technique, et cette révélation va transformer une comédienne discrète en pionnière malgré elle du combat pour l’égalité salariale.
À retenir
- Une découverte choc sur le plateau : qui gagnait réellement plus qu’Emma Peel ?
- Quand demander une augmentation équitable était considéré comme « très mal vu »
- L’isolement brutal qui a suivi son combat : même ses alliés l’ont abandonnée
Une découverte qui change tout après douze épisodes
L’histoire commence de façon presque anodine. Après une douzaine d’épisodes tournés dans la combinaison de cuir devenue culte, Rigg fait ses comptes et tombe sur un chiffre qui la sidère. En 1991, elle confie au Times que après 12 épisodes, elle réalise qu’elle gagne 90 livres par semaine, alors qu’un cameraman en touche 120. Vingt-cinq pour cent de moins qu’un technicien, sur une série où elle porte littéralement le show à l’écran, aux côtés de Patrick Macnee.
La comparaison n’est pas anodine. Elle avait alors découvert qu’elle gagnait moins qu’un cameraman, et se souvient : «Je n’avais rien contre le cameraman, mais je me suis plainte». L’humour qu’elle met dans cette phrase, des décennies plus tard, cache mal l’amertume de l’époque. Certains récits évoquent même un écart bien plus vertigineux avec son partenaire masculin, Macnee étant parfois cité comme l’un des acteurs les mieux payés de la télévision britannique au sommet du succès de la série. Le grand public retiendra surtout ce détail simple et parlant : une actrice star, payée moins qu’un technicien.
« J’étais une source de problèmes » : la solitude d’un combat
Réclamer une augmentation en 1965, dans une industrie où les contrats se négociaient entre hommes autour d’un verre, relevait de l’audace pure. Rigg racontera : «J’ai fait un peu de scandale à ce sujet. À l’époque, il était considéré comme très mal vu de suggérer que l’on n’était pas assez payée». Pas de coup d’éclat spectaculaire, juste une phrase posée sur la table des négociations. «Non, je n’ai pas tapé du pied. Tout ce que j’ai dit, c’est : ‘Écoutez, c’est injuste’, et j’ai obtenu le double, 180 livres. Ce n’était toujours pas énorme. Toute discussion sur l’argent est vilaine, mais en même temps je me sentais exploitée et je devais y mettre un terme».
Le plus frappant dans cette histoire, ce n’est pas tant le montant obtenu que l’isolement qui a suivi. Rigg confiera au Guardian en 2019 : «Pas une seule femme de l’industrie ne m’a soutenue quand j’ai demandé plus d’argent après avoir découvert que le cameraman était bien mieux payé que moi. Patrick non plus, même si je ne lui en ai jamais tenu rigueur, je l’adorais». Patrick Macnee, l’élégant John Steed à l’écran, préférait visiblement la tranquillité aux vagues. Pas même de la part de Patrick MacNee, son partenaire à l’écran : «C’était un homme charmant, mais il voulait une vie tranquille. Et j’étais une source de problèmes», résumera-t-elle plus tard, sans rancune apparente mais avec une franchise désarmante.
La presse de l’époque n’a pas été plus tendre. «J’ai été dépeinte comme cette créature mercenaire par la presse alors que tout ce que je voulais, c’était l’égalité. C’est tellement déprimant que l’on parle encore de l’écart salarial entre les sexes», déplorera-t-elle bien des années après, mesurant combien peu de choses avaient finalement changé. Le mot est fort mais juste : une actrice qui demande à être payée à sa juste valeur, traitée en calculatrice sans âme. On imagine mal, aujourd’hui, une telle sortie médiatique tenir la route sans un torrent de soutien sur les réseaux sociaux.
Le clap de fin et l’après-Avengers
Malgré cette victoire salariale, Rigg finit par tourner le dos à la série. Son ultime apparition a lieu dans l’épisode «The Forget-Me-Knot», tourné en 1967, un titre presque ironique tant la comédienne semblait décidée à ne rien oublier de cette expérience. La série continuera sans elle avec une nouvelle partenaire pour Steed, mais jamais elle ne retrouvera la complicité électrique installée entre Emma Peel et son gentleman-espion.
Pour Rigg, ce départ n’est en rien un frein. Dès 1969, elle décroche le rôle de la comtesse Teresa di Vicenzo dans le film de James Bond Au service secret de Sa Majesté, devenant ainsi la première et unique «Bond girl» à épouser l’agent secret, incarné alors par George Lazenby. Une revanche discrète, tant l’affiche parle d’elle-même : celle qu’on payait moins qu’un technicien devient, quelques années plus tard, l’épouse de 007 lui-même.
Le reste de sa carrière confirmera qu’elle n’avait rien à prouver côté talent. Elle décroche le Tony Award de la meilleure actrice pour «Medea» à Broadway en 1994, avant de conquérir une nouvelle génération de spectateurs des décennies plus tard sous les traits acides de Lady Olenna Tyrell dans Game of Thrones. Ce que peu de fans savent, c’est que cette réplique cinglante à la Reine des Épines, elle l’avait déjà en réserve depuis 1965, le jour où elle a osé dire tout haut qu’un cameraman ne devait pas gagner plus qu’elle.
Sources : cheatsheet.com | lesoleil.com