Ce petit bruit sec, répété, presque métronomique, a hanté toute une génération d’utilisateurs de PC et de Mac à la fin des années 1990. Le Zip 100 d’Iomega, star incontestée du stockage amovible, cachait un défaut mécanique capable de détruire à la fois le lecteur, les disquettes et, souvent, des mois de travail. On l’a surnommé le Click of Death, littéralement le « clic de la mort ». Et ce nom n’avait rien d’exagéré.
À retenir
- Un bruit sec répété qui signalait la fin proche du lecteur et de vos données
- Comment une seule cartouche infectée pouvait propager le défaut à d’autres lecteurs
- Pourquoi une action collective et des amendes massives n’ont pas suffi à sauver la réputation d’Iomega
Un succès fulgurant, puis le bruit qui change tout
Lancé en 1994, le Zip drive d’Iomega pouvait stocker jusqu’à 100 Mo sur des disques amovibles, pour environ 200 dollars, les cartouches se vendant elles autour de 20 dollars pièce. À une époque où la disquette 1,44 Mo montrait ses limites face aux fichiers graphiques et aux projets de PAO, le format arrivait à point nommé pour des fichiers graphiques, des projets de publication assistée par ordinateur, du travail scolaire, des correctifs logiciels et les premières photos numériques. Le succès a été immédiat et massif : les imprimeries acceptaient les disques Zip, les écoles les utilisaient dans leurs salles informatiques, les particuliers s’en servaient pour leurs sauvegardes, et certains ordinateurs intégraient même directement un lecteur Zip. En clair, ce n’était pas un gadget de niche mais un réflexe de stockage entré dans les foyers.
Le problème est arrivé insidieusement, souvent au moment où l’utilisateur insérait une deuxième cartouche dans un lecteur déjà fatigué. Le Click of Death correspondait à un cliquetis répété émis par un lecteur Zip qui peinait à lire, écrire ou localiser des données sur un disque : le mécanisme tentait de positionner correctement sa tête de lecture, échouait, se réinitialisait, puis réessayait. Un bruit presque anodin au départ, que beaucoup d’utilisateurs ont d’abord pris pour un fonctionnement normal.
Quand une deuxième cartouche devient contagieuse
Voilà le twist qui a fait toute la différence entre une simple panne matérielle et un scandale industriel : le défaut ne restait pas cantonné au lecteur. Non seulement la panne signifiait que le lecteur était fichu, mais elle pouvait aussi endommager le disque Zip lui-même, entraînant une perte de données, un phénomène jugé rarement contagieux : un lecteur abîmé pouvait endommager une cartouche, qui endommageait à son tour le prochain lecteur dans lequel elle était insérée. glisser une simple cartouche « saine » dans un lecteur suspect pouvait suffire à propager l’infection, et transformer une archive de projet universitaire ou de shooting photo en bouillie de secteurs illisibles.
Sur le plan technique, plusieurs causes ont été avancées par les utilisateurs et par la justice américaine. La plainte déposée contre Iomega évoquait des particules magnétiques de néodyme et de fer qui corrompaient la capacité à stocker et récupérer des données, ainsi qu’un lubrifiant se décomposant en une matière solide s’accumulant sur les têtes du lecteur, empêchant la lecture et corrompant le disque source. Certains témoignages parlent même de têtes qui finissaient par s’entrechoquer contre leurs butées mécaniques. Le terme désignait le bruit des têtes du lecteur venant heurter leurs butées de fin de course lorsqu’elles se désalignaient. Un forum d’utilisateurs témoigne encore aujourd’hui de la fréquence du problème : l’un d’eux raconte que chacun de ses lecteurs Zip est mort du Click of Death dans un délai d’un à trois ans après l’achat, l’un d’eux ayant même lâché en deux semaines.
De la plainte collective à l’amende de la FTC
Face à l’ampleur des retours, la mécanique judiciaire s’est enclenchée. Une action collective a été déposée en septembre 1998 et finalement réglée en 2001, sans effacer pour autant l’atteinte à la réputation de la marque. L’affaire, connue sous le nom de Rinaldi v. Iomega, a mobilisé plusieurs cabinets d’avocats : cinq particuliers américains ayant acheté le lecteur, épaulés par quatre cabinets représentant le groupe, ont porté plainte devant la Cour supérieure du comté de New Castle, dans le Delaware. Iomega, de son côté, minimisait l’ampleur du phénomène, affirmant que le Click of Death avait touché « moins d’un demi pour cent de tous les utilisateurs de Jaz et de Zip ».
La note salée ne s’est pas arrêtée aux tribunaux civils. Iomega a également accepté de verser 900 000 dollars de pénalités pour régler des accusations de violation des règles de protection des consommateurs, selon la Federal Trade Commission américaine, qui reprochait à l’entreprise de ne pas avoir proposé aux clients l’option d’un remboursement ou d’un délai lorsqu’elle ne pouvait pas honorer leurs commandes. Le règlement final de l’action collective, en 2001, a offert aux victimes des remises sur d’autres produits Iomega, une compensation jugée bien maigre par une partie de la communauté d’utilisateurs floués.
Un nom devenu si toxique qu’il a fallu le renier
La contamination du mot « clic » a été si forte qu’elle a fini par couler un tout autre produit. Iomega avait préparé un lecteur miniature destiné aux appareils portables, baptisé Clik!, pensé pour concurrencer les cartes mémoire naissantes. Mauvaise pioche sur le timing comme sur le nom : un an avant le lancement de Clik, Iomega avait déjà été frappée par une action collective liée aux pannes généralisées du Click of Death sur ses lecteurs Zip. Résultat, Iomega a abandonné le nom Clik pour adopter PocketZip en 2000, dans une tentative de sauver la gamme. Peine perdue : le repositionnement n’a rien changé, le format perdant déjà la bataille face à des technologies supérieures, Iomega restant accroché aux supports magnétiques pendant que la mémoire flash progressait.
Difficile aujourd’hui de mesurer précisément combien de Français ont vu leurs travaux de fac, leurs photos de vacances numérisées ou leurs maquettes graphiques disparaître dans ce cliquetis fatal. Mais l’ampleur du parc installé donne une idée du vertige : au moment où éclatait le scandale, l’entreprise venait de franchir le cap des 20 millions de lecteurs Zip 100 Mo et 125 millions de disques vendus dans le monde. Autant dire qu’un demi pour cent de taux de panne, chiffre avancé par Iomega elle-même, représentait déjà des centaines de milliers de foyers touchés. Le Zip 100 aura, malgré tout, ouvert la voie aux clés USB et aux disques externes que l’on branche aujourd’hui sans y penser, mais son nom reste associé à l’une des plus grandes leçons de méfiance de l’histoire du stockage grand public.
Sources : alt.iomega.zip.jazz.narkive.com | generationamiga.com | xda-developers.com