Aucune explication à l’écran, aucun adieu, pas la moindre scène de départ. Quand la saison 2 de Cosmos 1999 débute, le professeur Victor Bergman a tout simplement disparu de la base lunaire Alpha, et personne ne prend la peine de dire pourquoi. Derrière ce vide scénaristique se cache une histoire bien plus terre à terre qu’une explosion nucléaire ou qu’un vaisseau extraterrestre : un désaccord financier entre l’acteur Barry Morse et une production qui voulait rajeunir son casting.
À retenir
- Un désaccord salarial secret entre Barry Morse et les producteurs a décidé du sort du professeur Bergman
- Fred Freiberger, le nouveau producteur, voulait « rajeunir » le personnage avec un jeune homme barbu
- Une scène d’explication existait mais a été coupée au montage, laissant les fans sans réponse pendant des décennies
- Le personnage pivot disparaît sans un mot, déséquilibrant une dynamique qui ne s’en remettra jamais
Un trio devenu emblématique de la saison 1
Pendant 24 épisodes, Cosmos 1999 a reposé sur un équilibre précis entre trois personnages. L’équipe principale de la saison 1 est composée de John Koenig (Martin Landau), Helena Russell (Barbara Bain), Victor Bergman (Barry Morse) et Alan Carter (Nick Tate), respectivement commandant de la base, médecin en chef, conseiller scientifique et chef pilote. Le professeur n’était pas un simple faire-valoir scientifique : il incarnait la voix de la raison, celle qui pesait le pour et le contre avant chaque décision lourde de conséquences.
Un ancien collaborateur de la série résume bien son importance dans l’économie du récit : c’était le savant qui rassurait tout le monde et permettait au Commandant de la Base Lunaire Alpha, John Koenig, de prendre des décisions importantes. Retirer ce pilier revenait à déséquilibrer toute la dynamique du trio de tête, un pari risqué pour n’importe quelle série de science-fiction ambitieuse.
Freiberger arrive, et le ton change
Le vrai tournant se produit en coulisses, pas devant la caméra. Pour la deuxième saison, la production britannique fait appel à un producteur américain, Fred Freiberger, chargé de dynamiser le programme et de séduire davantage le public d’outre-Atlantique. La saison 2 se fait sans lui, Fred Freiberger, le nouveau producteur de la série, choisissant quelques nouveaux acteurs pour rendre le scénario plus spectaculaire et toucher un peu plus le public américain.
Dans les coulisses, l’ambiance tourne au bras de fer salarial. Pour la deuxième série de Space 1999, Morse s’est vu offrir moins d’argent que pour la première série. Morse a tenté de négocier une offre plus élevée par l’intermédiaire de son agent, mais Gerry Anderson n’était pas disposé à offrir davantage. Finalement, aucun accord n’a été trouvé, et Morse n’est pas revenu. Une version plus détaillée, relayée par des passionnés de la série, précise que l’acteur avait fini par accepter la baisse proposée avant de se voir répondre que d’autres plans avaient été arrêtés entre-temps, la porte s’étant définitivement refermée.
Freiberger, lui, ne cachait pas ses intentions : il voulait rajeunir l’image du « professeur » du programme. Il aurait ainsi confié vouloir « avoir un jeune type avec une barbe, comme professeur », une philosophie qui en dit long sur sa vision plus tape-à-l’œil de la saison 2. Certains témoignages évoquent même une véritable stratégie d’éviction, l’acteur ayant reçu une proposition de salaire bien inférieure à celle de la première série, puis a vu ses appels ignorés pendant les négociations. Martin Landau et Barbara Bain, fidèles au poste pour la suite, auraient tenté de plaider en sa faveur, sans succès : Landau et Bain ont fait pression pour le retour de Morse, mais en vain.
Un personnage effacé sans un mot d’explication
Le plus étonnant reste la façon dont la série a géré ce vide. Un script de l’époque, celui de l’épisode « La Métamorphose », devait pourtant glisser une allusion discrète au départ du professeur. Le script originel devait faire allusion à la disparition de Victor Bergman lors d’un dialogue entre Sandra et Simon Hays, qui prendra au dernier moment le nom de Tony Verdeschi. Dans ce dialogue, Hays disait souhaiter que Victor fût présent, un constat auquel Sandra répondait que ça n’était malheureusement plus le cas. Ce passage a finalement été coupé au montage, laissant les spectateurs sans le moindre indice.
Certaines sources évoquent même une scène tournée puis abandonnée, expliquant la disparition par un accident de combinaison spatiale. Une scène tournée pour le premier épisode de la saison 2 indiquait que Victor était mort d’un dysfonctionnement de sa combinaison, mais les producteurs ont estimé que ce détail de continuité risquait de perturber les nouveaux spectateurs, et la scène a été coupée. Résultat : Bergman s’évapore purement et simplement, remplacé au poste de conseiller scientifique par Maya, une extraterrestre polymorphe interprétée par Catherine Schell, qui apporte certes une dimension nouvelle mais jamais la même profondeur philosophique.
L’acteur lui-même n’a jamais nourri d’amertume publique sur le sujet, préférant l’humour à la rancœur. Interrogé sur le devenir de son personnage, il aurait simplement répondu avec malice : « Well, I guess he fell off the back of the Moon! » (« Je suppose qu’il est tombé de l’autre côté de la Lune »). Une pirouette qui traduit bien le flou artistique entretenu par la production, jamais vraiment résolu à l’écran.
Un vide que les fans n’ont jamais digéré
L’absence du professeur a marqué durablement les esprits, y compris chez les principaux intéressés. Landau était déçu du départ de Morse, estimant que la série ne serait plus la même sans le personnage de Victor Bergman. Une inquiétude qui s’est révélée fondée : la saison 2, plus spectaculaire mais moins réfléchie, n’a pas su fédérer le même public, et la série s’est arrêtée après 48 épisodes au total.
Anecdote peu connue des fans occasionnels : Barry Morse a fini par reprendre le costume du professeur bien des décennies plus tard, dans un film amateur intitulé The Return of Victor Bergman, tourné en 2002 et présenté pour la première fois lors de la convention Journey To Where en 2010. Une façon de refermer, à sa manière et près de trente ans après, la boucle laissée béante par une décision de production aussi brutale qu’expéditive.
Sources : writeups.org | gerryanderson.com