Huit megaoctets. Sur le papier, ça sonne comme une blague comparée aux 512 Go d’un SSD moderne. Sur ma carte mémoire PS2 flambant… euh, pas si flambant que ça puisqu’elle a vingt ans, payée une quarantaine d’euros chez un revendeur spécialisé, ces huit petits mégas se sont évaporés en trois sauvegardes. Trois. Le temps de lancer un jeu de foot, un jeu de course et un RPG, et déjà le message fatidique s’affichait : mémoire insuffisante.
Le vrai choc, ce n’est pas tant la capacité ridicule que le prix payé pour l’obtenir. Sur le marché de l’occasion actuel, une carte mémoire 8 Mo Sony d’origine se négocie généralement entre 4,50 et 5 euros pièce, comme le confirment plusieurs annonces de revendeurs spécialisés. Payer huit fois ce tarif pour un accessoire dont la fonction première consiste à stocker moins de données qu’une seule photo de smartphone actuelle, ça relève soit de l’arnaque, soit d’un mauvais réflexe de collectionneur pressé. J’avoue avoir craqué dans une boutique physique, séduit par l’emballage d’origine et la promesse d’une compatibilité totale avec tous les modèles de console. Rétrospectivement, j’aurais dû fouiller les brocantes ou les sites d’enchères d’occasion.
À retenir
- Une capacité théorique cachant une réalité bien moins généreuse une fois l’OS installé
- Certains jeux de foot et de course dévorent plusieurs mégaoctets à eux seuls
- Le prix payé ne correspond en rien à la fiabilité offerte comparé au marché d’occasion
8 Mo, 502 blocs : la réalité derrière le chiffre marketing
Le chiffre « 8 Mo » affiché sur la boîte cache une mécanique moins généreuse qu’il n’y paraît. La carte mémoire officielle de Sony pour la PS2 fonctionne par blocs, et il existait une carte mémoire de 8 Mo soit 502 blocs, chaque bloc représentant 16 Ko. Une fois le système d’exploitation installé, il reste concrètement un peu plus de 8000 Ko utilisables pour vos parties. Autant dire que le compte à rebours démarre dès l’insertion de la carte dans la console.
Ce fonctionnement par blocs n’a rien d’anecdotique : il explique pourquoi certains jeux, pourtant modestes en apparence, dévorent l’espace disponible plus vite que prévu. Sur les forums de joueurs qui ont vécu cette époque, les témoignages convergent : un jeu comme Time Crisis peut se contenter d’à peine 80 Ko, tandis que d’autres réclament plusieurs mégaoctets pour une seule sauvegarde. La variation est énorme, et rien ne prévient l’acheteur avant qu’il n’insère le disque.
Les vrais coupables : foot, course et vidéos de replay
Le troisième jeu qui a eu raison de ma carte toute neuve, c’était un jeu de course. Pas un hasard : les simulations automobiles figurent parmi les pires ennemies des petites cartes mémoire, notamment à cause d’une fonctionnalité qu’on adorait pourtant à l’époque, la sauvegarde des ralentis vidéo. Les utilisateurs de forums spécialisés le confirment sans détour, citant en exemple Gran Turismo 3 ou les jeux de football comme FIFA et PES, particulièrement gourmands quand on active cette option.
Les chiffres concrets donnent le vertige une fois qu’on les met en perspective. Une sauvegarde de Top Spin occupe environ 1900 Ko, celle de Hitman Blood Money grimpe à 2200 Ko, et même Gran Turismo 4, pourtant plus raisonnable, réclame près de 1500 Ko par profil. Faites le calcul : sur une carte de 8 Mo, deux ou trois jeux de ce calibre suffisent à saturer l’espace disponible. Un joueur raconte même avoir vu sa carte se remplir avec seulement trois ou quatre jeux de foot enregistrés dessus. Ironie du sort, Gran Turismo 4 imposait en plus une contrainte supplémentaire : impossible de créer une nouvelle partie si une sauvegarde existait déjà sur la carte, ce qui obligeait les fratries à s’équiper d’une seconde carte mémoire juste pour ne pas se marcher dessus.
Alors oui, j’ai dû effacer. Le premier sacrifié a été ma sauvegarde du jeu de foot, celle avec l’équipe fictive montée de toutes pièces après des heures de mode carrière. Un classique du genre à en croire les retours d’anciens joueurs, qui déconseillent d’accumuler plusieurs licences sportives sur une même carte sous peine de saturation quasi immédiate.
Fallait-il opter pour une carte plus grande, ou une générique ?
Sony n’a jamais commercialisé de version 16 ou 32 Mo de sa carte officielle, un choix technique qui a fait grincer des dents nombre de joueurs de l’époque, plusieurs regrettant ouvertement cette limitation sur les forums spécialisés. Le marché parallèle a bien tenté de compenser avec des cartes génériques annoncées à 32, 64 ou même 128 Mo, mais leur réputation reste entachée : les témoignages d’utilisateurs évoquent régulièrement des données corrompues après plusieurs années, contrairement aux cartes Sony d’origine jugées plus fiables sur la durée.
C’est là toute l’ironie de mon achat à quarante euros : j’ai payé le prix fort pour une carte dont la seule vraie qualité, au fond, c’est justement sa fiabilité à long terme plutôt que sa capacité. Un utilisateur raconte même avoir retrouvé fonctionnelle une sauvegarde de Wipeout datant de 2002 sur une carte Sony d’origine, preuve que le boîtier gris a mieux résisté au temps que la plupart des supports non officiels. Reste que la prochaine fois, je ferai l’inventaire de ma ludothèque avant de rallumer la console : entre un jeu de foot, une simulation automobile et un RPG à choix multiples, il ne reste tout simplement pas la place pour tout garder.
Sources : openmoise.ci | gamecash.fr