Neuf mois. C’est l’écart entre la sortie japonaise de Kingdom Hearts II et son arrivée dans les rayons français. Le jeu sort finalement le 22 décembre 2005 au Japon où environ 750 000 exemplaires sont vendus dans les trois jours suivant sa commercialisation. Il faudra ensuite attendre le 29 septembre 2006 en Europe pour que les joueurs français puissent enfin poser les mains sur la manette. Entre les deux dates, un vrai chantier logistique et créatif s’est joué en coulisses, loin des yeux des fans qui rongeaient leur frein.
À retenir
- Pourquoi Square Enix a-t-il annoncé le jeu deux ans avant sa sortie réelle ?
- Quels ajustements de contenu Disney ont été imposés avant le lancement américain ?
- Comment la distribution européenne a-t-elle retardé l’arrivée en France de neuf mois ?
Un jeu annoncé deux ans avant sa date de sortie
L’attente n’a rien d’anodin. Même si le jeu est annoncé en septembre 2003, sa date de sortie n’est révélée que deux ans plus tard, Tetsuya Nomura admettant que le titre a été annoncé trop tôt. Un aveu rare de la part d’un créateur aussi perfectionniste, qui préfère visiblement une communication tardive à des promesses non tenues. Ce délai s’explique aussi par la nature même du projet : marier l’univers Disney à celui de Final Fantasy suppose de faire cohabiter deux géants qui ne travaillent pas au même rythme. Chaque scène impliquant un personnage sous licence Disney devait être validée par le studio américain avant d’être finalisée, territoire par territoire, ce qui explique pourquoi le planning international s’est étalé sur près d’un an.
Le calendrier de sortie ressemble d’ailleurs à un compte à rebours minutieusement orchestré. Le jeu sort sur PlayStation 2 au Japon le 22 décembre 2005, en Amérique du Nord le 28 mars 2006, en Australie le 28 septembre 2006 et en Europe le 29 septembre 2006. Trois vagues distinctes, séparées de plusieurs mois chacune, alors qu’aujourd’hui la plupart des blockbusters sortent le même jour partout dans le monde. La raison ? Chaque marché nécessitait sa propre validation, sa propre traduction, et parfois même des ajustements de contenu.
Des scènes retouchées avant le feu vert américain
Le cas nord-américain illustre bien ce que Square Enix devait négocier avant chaque lancement. Les États-Unis et le Canada doivent attendre le 28 mars 2006 avant de pouvoir y jouer dans une version modifiée, dans laquelle la violence de certaines scènes a été atténuée, notamment lors du segment Pirates des Caraïbes. Disney, propriétaire de la franchise cinématographique, gardait un droit de regard strict sur la manière dont ses personnages étaient représentés en jeu, y compris sur l’intensité des combats. Un accord qu’il fallait renouveler pour chaque zone géographique, avec ses propres classifications par âge et ses propres sensibilités culturelles.
Pour l’Europe, la question de la distribution s’est ajoutée à celle du contenu. Vers la fin du mois de juin, on apprenait qu’Ubisoft se chargerait de la distribution européenne de Kingdom Hearts II, alors que les fans redoutaient un vague « Q3 2006 ». Square Enix ne disposait pas encore, à l’époque, du réseau de distribution nécessaire pour couvrir seule tout le continent : il fallait donc trouver un partenaire, négocier les conditions commerciales, et synchroniser les usines de pressage avec le calendrier retail de chaque pays. Ce n’est qu’après cette étape que la date du 29 septembre 2006 a pu être officiellement gravée dans le marbre.
Le doublage français, chantier à part entière
Avant même de penser au pressage des disques, un autre dossier attendait sur le bureau des équipes françaises : la localisation complète. Kingdom Hearts II sort en France le 29 septembre 2006 et bénéficie d’une nouvelle fois d’une traduction et d’un doublage intégralement français, réunissant la majorité des comédiens habituels. Un doublage complet suppose des semaines d’enregistrement en studio, une synchronisation labiale minutieuse sur les cinématiques, puis une phase de test qualité avant validation finale par l’éditeur. Rien de tout cela ne pouvait commencer tant que la version japonaise n’était pas figée, ce qui repoussait mécaniquement toute sortie européenne à plusieurs mois après le lancement nippon.
Le pari a payé : la presse spécialisée a salué le résultat. Le magazine de jeux vidéo Electronic Gaming Monthly lui octroie le titre de meilleure suite de 2006, et Game Informer l’inclut dans sa liste des cinquante meilleurs jeux de l’année. De quoi justifier, a posteriori, tous ces mois d’attente entre le pressage japonais et celui qui a fini dans les bacs français.
Un succès qui n’a jamais vraiment quitté les radars
L’histoire ne s’arrête pas là. Square Enix a rapidement flairé le potentiel d’une réédition enrichie réservée au marché japonais. Le jeu se voit ainsi réédité dans une édition Final Mix, sortie le 29 mars 2007 au Japon, avec du contenu inédit que les joueurs occidentaux ont dû patienter encore des années pour découvrir, via la compilation HD sortie sur PlayStation 3. Un rappel utile : dans les années 2000, obtenir un jeu simultanément partout dans le monde relevait presque de l’exploit industriel. Aujourd’hui, avec les mises à jour day-one et les patchs post-lancement, ce genre de décalage de neuf mois entre Tokyo et Paris paraît presque d’un autre siècle, et pourtant il a façonné la manière dont toute une génération de joueurs français a découvert la saga.
Sources : micromania.fr | chroniquedisney.fr