Musique de Tetris : son nom, son origine russe et les autres morceaux de la version Game Boy

La mélodie de Tetris s’appelle « Korobeiniki », et elle n’a pas été écrite pour un jeu vidéo. C’est une chanson populaire russe, tirée d’un poème publié en 1861, que Nintendo a transformée en tube mondial avec la Game Boy en 1989.

À retenir
  • La mélodie s’appelle « Korobeiniki », une chanson populaire russe.
  • Elle est tirée d’un poème de Nikolaï Nekrasov publié en 1861.
  • La version Game Boy propose trois musiques, dont une pièce de Bach.

Korobeiniki, une chanson de colporteurs

Le mot « korobeiniki » (коробейники) désigne des marchands ambulants qui sillonnaient les campagnes russes avec une hotte, la « korobka », remplie de marchandises. Le poète Nikolaï Nekrasov leur a consacré un long poème en 1861. Il y raconte le marchandage d’un colporteur avec une jeune femme, un échange de tissus et de sentiments.

La mélodie, elle, s’est attachée à ces vers et s’est diffusée de village en village. Aucun compositeur n’en revendique la paternité : elle appartient au répertoire traditionnel.

Ce détail pèse lourd. Un air du domaine public ne coûte aucune redevance, ce qui a rendu son usage dans un jeu commercialisé à l’échelle planétaire beaucoup plus simple que pour une œuvre protégée.

Tempo vif, mode mineur, rythme de danse : le thème se mémorise en deux écoutes.

Du bureau soviétique à la Game Boy

Tetris naît en 1984 à Moscou, dans le cerveau d’Alexey Pajitnov, ingénieur à l’Académie des sciences de l’URSS. À l’origine, le jeu ne comporte aucune musique marquante, car il tourne sur un ordinateur de laboratoire. Il faut attendre la bataille des droits, qui a opposé plusieurs éditeurs occidentaux à la fin des années 1980, pour que le jeu atterrisse chez Nintendo.

La Game Boy sort au Japon en avril 1989, puis aux États-Unis en juillet de la même année. Tetris est livré avec la console dans de nombreux pays. Le choix est stratégique : un jeu simple, sans âge ni genre, que les parents comme les enfants peuvent adopter. Le compositeur Hirokazu Tanaka, déjà connu pour son travail sur la série Metroid, est chargé d’adapter les airs pour le petit haut-parleur de la portable.

Le résultat tient en quelques notes de synthèse à quatre voies, qui occupent peu de mémoire et s’enfoncent profondément dans le crâne. Des millions de joueurs peuvent encore aujourd’hui les fredonner sans avoir touché une Game Boy depuis trente ans.

Plus de 35 millions d’exemplaires de cette version ont été écoulés, de quoi dépasser la population du Canada.

Les trois choix musicaux de la version Game Boy

Sur l’écran de sélection, le joueur peut choisir sa bande-son avant de lancer la partie. La musique de type A reprend Korobeiniki, celle que tout le monde associe à Tetris. Elle accélère légèrement à mesure que les blocs s’empilent, ce qui ajoute une pression sonore dont on a rarement conscience.

Le type B puise du côté du classique, avec une pièce de Bach, ce qui donne au jeu une couleur plus posée, presque studieuse. Une troisième option complète l’ensemble avec un thème d’inspiration classique elle aussi. Il est possible de couper complètement le son, option que de nombreux joueurs de train ou de salle d’attente ont dû apprécier.

Le thème d’ouverture, lui, annonce la couleur. Les musiques de fin de partie, la célébration de la fusée quand on réussit une grosse performance, reprennent aussi des airs d’esprit russe, comme un clin d’œil à l’origine du jeu.

Ce pari musical est en soi curieux, car il propose du folklore russe et du baroque allemand à une génération qui écoutait surtout de la pop et du rock.

Un air devenu icône

La popularité de Korobeiniki a dépassé largement le cadre des jeux vidéo. Le thème a été repris par des groupes de métal, des orchestres symphoniques, des fanfares de stades et même des chorales d’écoles. Sur YouTube, ses versions rock ou chiptune cumulent des centaines de millions de vues.

Il a aussi inspiré des suites de jeux. Tetris Effect, sorti en 2018, mêle la musique à l’action de façon encore plus poussée, en faisant réagir les sons aux mouvements des pièces. Les compétitions de Tetris classique, très suivies depuis le championnat mondial de 2010, se jouent souvent avec cet air en toile de fond.

La mélodie, vieille de plus de 160 ans, se glisse maintenant dans les jeux mobiles, les publicités, les défis de réseaux sociaux. Elle reste un cas rare : une chanson de marchands russes devenue l’un des thèmes les plus reconnus de l’histoire du jeu vidéo.

Dernier détail, côté Nintendo : le fabricant a conservé le morceau comme un élément de la marque, et la version Game Boy continue d’être proposée sur les services de rétrogaming de la firme.

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