TV6 était lancée pour les ados, gratuite et entièrement musicale : ce qui s’est allumé sur son canal un matin de mars 1987 est toujours là aujourd’hui

Un an. C’est tout ce qu’aura duré TV6 sur la bande hertzienne française, avant de céder sa place à une chaîne qui, quarante ans plus tard, trône toujours sur le canal 6 de la TNT. Ce matin-là, le 1er mars 1987 à 11h15 précises, un logo composé d’un « M » et d’un « 6 » s’affiche sur les écrans pendant que retentit « Corps à corps » du groupe Images. M6 vient de naître, littéralement sur les cendres encore chaudes de sa devancière.

Retour un an plus tôt. TV6 voit le jour le 1er mars 1986, comme chaîne de télévision privée et gratuite dédiée à la musique et à la jeunesse. Derrière le projet, un nom qui compte déjà dans le paysage audiovisuel français : Léo Scheer, qui avait conçu, développé et lancé Canal+ en novembre 1984, quitte Havas pour rejoindre le groupe Publicis et monter cette nouvelle chaîne commerciale. L’actionnariat mêle des noms qui parlent encore aujourd’hui : Publicis, Gaumont, NRJ, Polygram, Sony et même Virgin se retrouvent au capital de cette télévision pas comme les autres.

Le concept ? Du clip à la chaîne, sans interruption ou presque, avec une identité clairement tournée vers les adolescents et jeunes adultes. La chaîne proposait des émissions telles que Système 6, NRJ 6 ou encore Le temps des copains, mais aussi des clips, des concerts, des films et séries. Une brochette d’animateurs encore inconnus du grand public passe alors devant les caméras. Parmi eux, un certain Jean-Luc Delarue, mais aussi Philippe Vandel, Frédéric de Rieux ou Childéric Muller, qui feront ensuite carrière dans l’audiovisuel français.

À retenir
  • TV6 était une chaîne musicale gratuite lancée le 1er mars 1986 pour les adolescents et jeunes adultes.
  • La chaîne a été supprimée après un an pour des raisons politiques suite aux élections législatives de 1986 remportées par la droite.
  • M6 a pris sa place le 28 février 1987 sur exactement les mêmes fréquences et demeure sur le canal 6 de la TNT quarante ans après.

Un projet né d’un calcul politique

TV6 n’a jamais été qu’une simple aventure musicale. Elle s’inscrit dans un plan plus large, celui du gouvernement socialiste qui envisage la création de deux nouvelles chaînes privées à diffusion nationale, l’une généraliste, l’autre à vocation musicale. L’objectif à peine masqué ? Toucher un jeune public perçu comme un réservoir de voix pour la gauche, à l’approche d’échéances électorales.

Mais l’histoire en décide autrement. Cette suppression survient pour des motifs politiques à la suite des élections législatives de mars 1986 perdues par la majorité de gauche et gagnées par l’opposition de droite représentée par Jacques Chirac. La nouvelle majorité récupère la fréquence et la confie à un autre projet, porté par la Lyonnaise des Eaux et la CLT. TV6 est condamnée avant même d’avoir soufflé sa première bougie.

La chaîne s’éteint le 28 février 1987, jour de sa dernière émission. Le plateau réunit alors tous les visages de l’aventure : Frédéric de Rieux, Frédéric Smektala, Smicky, Childeric Muller, Isabelle Duhamel et Jean-Luc Delarue, qui brandit une pancarte détournant le slogan de TF1. La soirée s’achève sur une note résolument moqueuse. Un clip parodiant Star Wars montre Dark Vador, symbole du nouveau gouvernement Chirac-Balladur, se réjouir de la victoire de l’Empire sur la rébellion de TV6. Un pied de nez amer, mais assumé jusqu’au bout.

Le matin où tout a basculé

Quelques heures suffisent pour tourner la page. Le lendemain matin, à 11h15, M6 se lance et prend la place de TV6 sur exactement les mêmes fréquences hertziennes. Fondée par Jean Drucker, la nouvelle chaîne mise sur un habillage sobre et une ambition assumée : durer, là où sa prédécesseure n’a tenu qu’une année.

Le premier jour d’antenne donne le ton d’une télévision qui cherche encore ses marques. Jean Drucker, PDG de Métropole Télévision, accueille les téléspectateurs, et le programme de cette première journée, présenté par Georges Lang, fraîchement débarqué de RTL Télévision, et Charlotte Siandre, consiste en une émission de plateau où défilent les animateurs venus présenter leurs futures émissions. Rien de spectaculaire, mais une base solide se construit dès ce dimanche matin.

Les débuts sont pourtant loin d’être triomphants. De 1987 à 1991, l’avenir de M6 reste très incertain, car cinq chaînes généralistes hertziennes se battent pour l’audimat et un marché publicitaire qui n’est pas extensible à l’infini. Certains responsables politiques évoquent même publiquement l’idée d’une chaîne de trop. Un point commun frappant : au plus fort de la crise, le déficit de M6 se creuse jusqu’à un million de francs de perte par jour, un chiffre qui aurait pu, à l’époque, sonner le glas d’une aventure encore balbutiante.

Ce qui reste, quarante ans après

La suite est connue. La stratégie de Jean Drucker consiste à grandir petit à petit, et la contre-programmation finit par payer, transformant M6 en « petite chaîne qui monte » selon ses propres spots publicitaires. La disparition de La Cinq en 1992 lui ouvre définitivement la voie vers la rentabilité.

Ce canal 6 qui portait TV6 en 1986, puis M6 dès 1987, n’a jamais changé de main hertzienne depuis. La chaîne appartient aujourd’hui au groupe M6, qui pilote également W9, 6ter, Paris Première ou encore Téva, et reste accessible gratuitement sur la TNT comme au premier jour. De TV6, il ne reste presque rien, sinon des VHS conservées par une poignée de nostalgiques et un groupe Facebook où d’anciens spectateurs échangent encore leurs souvenirs d’une chaîne éteinte en direct, un soir de février 1987, devant les caméras.

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