2 990 francs pour la console. Puis 299 francs pour une carte mémoire sans laquelle aucune sauvegarde n’était possible. Puis encore une manette supplémentaire à 199 francs pour jouer à deux. Et pour transformer sa PlayStation 2 en vrai lecteur de salon capable de naviguer dans les menus d’un DVD comme une télécommande classique, il fallait ajouter un accessoire dédié, vendu séparément, aux alentours de 250 francs. Bienvenue dans les coulisses financières du lancement le plus attendu de l’histoire du jeu vidéo français.
À retenir
- La console seule ne suffisait jamais : quels accessoires rendaient la PS2 vraiment utilisable ?
- Pourquoi Sony a-t-elle facturé 250 F une simple télécommande pour lire des DVD ?
- Comment le prix de lancement a perdu deux tiers de sa valeur en moins de trois ans
Un 24 novembre 2000 sous haute tension
Le 24 novembre 2000, la PlayStation 2 arrive sur le sol européen, vendue alors 2990 francs, soit l’équivalent de presque 700 euros en 2025 en prenant en compte l’inflation. Un chiffre qui donne le vertige, surtout quand on sait que la console devait initialement sortir en France le 26 octobre 2000 mais son lancement a été repoussé au 24 novembre 2000, faute de stocks suffisants. Sony avait pourtant mis les petits plats dans les grands pour l’occasion.
La veille de la sortie officielle, Sony a choisi le célèbre Virgin Mégastore des Champs-Élysées pour amplifier l’impact médiatique du lancement de sa nouvelle console. Et ça a marché : une centaine d’acheteurs potentiels étaient déjà présents deux heures et demie avant le début des festivités. Le problème, c’est que la demande a largement dépassé l’offre. En France, 150 000 unités ont été proposées avant Noël, mais seule la moitié était disponible au jour du lancement, dont 50 000 unités réservées à l’avance. Autant dire que décrocher une console ce jour-là relevait presque de l’exploit logistique.
La console, ce n’était que le ticket d’entrée
Voilà le vrai piège du lancement PS2 : la console seule ne suffisait jamais. Sans carte mémoire, impossible de conserver la moindre partie sauvegardée entre deux sessions. Sans deuxième manette, impossible d’inviter un copain pour une partie de Ridge Racer V, le jeu qui accompagnait souvent les premières PS2 sous le sapin. Un témoignage recueilli sur le sujet résume bien la douloureuse addition de l’époque : il fallait débourser pas moins de 2990 francs, auxquels s’ajoutaient 299 francs pour la carte mémoire et 199 francs pour une manette supplémentaire.
Et puis il y avait l’accessoire le plus révélateur de la stratégie de Sony : la télécommande DVD. Car oui, la PS2 lisait bien les films sur disque argenté dès sa sortie de boîte, mais avec la manette de jeu comme seule interface. Pas de bouton pause dédié, pas de navigation fluide dans les menus, pas de gestion simple des chapitres. Pour une expérience vraiment confortable, digne d’un lecteur de salon classique, Sony proposait en supplément un kit télécommande avec récepteur infrarouge, vendu à part et facturé aux alentours de 250 francs. Un supplément presque anodin comparé au prix de la console, mais qui en dit long sur la mécanique commerciale de l’époque : on vendait d’abord le rêve du « tout-en-un », puis on monétisait chaque brique qui permettait d’en profiter pleinement.
Le lecteur DVD, l’arme secrète (et le vrai coup de génie marketing)
Ce qui a réellement tout changé, c’est la présence d’un lecteur DVD : le marché du DVD était encore naissant à l’époque, et Sony a donné un sacré coup de boost en l’incluant dans sa machine, un vrai coup de bluff qui s’est avéré payant. À l’époque, un lecteur DVD de salon coûtait à lui seul plusieurs milliers de francs. En glisser un dans une console de jeux à 2 990 francs revenait presque à offrir deux appareils pour le prix d’un, même en ajoutant les accessoires annexes.
L’argument technique n’était pas non plus qu’un coup marketing. la PS2 pouvait lire les films sur disque. De plus, les jeux qui commençaient à adopter ce format, un DVD pouvant accueillir jusqu’à 8,5 Go de données contre 700 Mo pour un CD-ROM, ce qui permettait aux développeurs d’intégrer des textures plus fines et des jeux plus riches. Concrètement, cette capacité de stockage a permis l’arrivée de titres bien plus ambitieux visuellement que ce que proposait la génération précédente, coincée sur des CD à la capacité famélique.
Reste que ce pari du DVD ne s’est pas fait sans accroc. Sony a été confronté à quelques problèmes de taille lors de la sortie de sa console au Japon : des cartes mémoires défectueuses, des pannes de consoles suite à une surchauffe, des problèmes dans l’utilisation du lecteur DVD, sans oublier la rupture de stock dès le lancement. Des couacs qui n’ont pourtant jamais entamé l’appétit du public français, biberonné aux images du Virgin Megastore ouvrant ses portes à minuit.
Un prix qui a fondu à vue d’œil
Le plus étonnant reste la vitesse à laquelle ce tarif de lancement s’est effondré. Le prix est ramené à 2790 francs en juin 2001, à 1999 francs en septembre 2001, puis à 249 euros en juillet 2002, 199 euros en juin 2003, 149 euros en août 2004, 129 euros en août 2006 et enfin 99 euros en avril 2009. En moins de trois ans, la console qui coûtait l’équivalent d’un salaire de plusieurs jours de SMIC avait perdu près des deux tiers de sa valeur.
Ce grand écart entre le prix d’appel et la réalité du panier moyen, accessoires compris, n’a visiblement dissuadé personne bien longtemps. Ce prix n’a pas découragé les acheteurs, et la PS2 est devenue la console la plus vendue de l’histoire, toutes générations confondues. Une réussite qui rappelle qu’à l’époque comme aujourd’hui, le prix affiché sur l’étiquette n’est souvent que le début de l’histoire : la vraie facture se calcule au moment de sortir de la boutique avec le sac plein d’accessoires jugés « indispensables ».
Sources : jeuxvideo.com | fnac.com