J’ai acheté une vingtaine de films en UMD pour ma PSP en 2005 : le jour où j’ai voulu les revoir, j’ai compris ce que Sony avait fait du format

Vingt films en UMD achetés entre 2005 et 2007, soigneusement rangés dans leurs boîtiers translucides. Vingt ans plus tard, l’envie de ressortir la PSP et de revoir Spider-Man 2 ou Hellboy sur ce petit écran nostalgique. Et là, la mauvaise surprise : impossible de retrouver une console qui fonctionne encore correctement, impossible de transférer ces films ailleurs, et surtout, la découverte amère que Sony avait abandonné ce format presque aussi vite qu’il l’avait lancé.

À retenir

  • Sony a lancé l’UMD en 2004 avec de grandes ambitions, mais dès 2006, les studios abandonnaient déjà le format
  • La PSP Go de 2009 a livré le coup de grâce en supprimant le lecteur UMD sans proposer aucune conversion
  • Aujourd’hui, les propriétaires d’UMD n’ont aucun moyen légal de récupérer leurs films, condamnés à une PSP vieille de 20 ans

Un format condamné dès sa deuxième année

L’UMD (Universal Media Disc) débarque en 2004 avec la PSP, pensé comme une révolution : un disque optique miniature de 1,8 Go, capable de stocker jeux, films et séries. Sony mise gros. Sony Pictures Home Entertainment annonce la sortie de « XXX », « Hellboy », « Resident Evil 2 » et « Once Upon A Time in Mexico » en avril, avec des sorties mensuelles supplémentaires prévues. Le pari semble crédible : offrir du cinéma dans la poche, deux ans avant le premier iPhone.

Le problème arrive vite. Dès 2006, à peine deux ans après le lancement, les ventes de films sur UMD déçoivent, poussant distributeurs et studios à retirer leur soutien au format. Les chiffres sont sans appel : certains studios décident tout simplement d’arrêter la production de disques UMD vidéo, Universal Studios, Paramount Pictures et Image Entertainment ayant déjà stoppé leurs productions. En France, le format tient un peu mieux la route au début, mais le format ne rencontre pas le succès escompté par Sony et les studios, avec des ventes décevantes notamment aux États-Unis.

Pourquoi un tel flop ? La raison est presque bête. Les joueurs ne voyaient pas l’intérêt de dépenser de l’argent pour un format visible uniquement sur un seul appareil équipé d’un écran de 4,3 pouces, alors que de nombreux sites expliquaient comment ripper facilement (et illégalement) des DVD vers les Memory Stick de Sony. Pourquoi payer 20 euros un film qu’on peut copier gratuitement depuis son propre DVD ? Sony avait créé un problème que sa propre technologie résolvait à moitié.

La PSP Go, le coup de grâce silencieux

Le vrai enterrement du format arrive en 2009, avec la PSP Go. Cette nouvelle console, plus fine et plus légère, fait un choix radical : elle abandonne complètement le lecteur UMD des versions précédentes, misant uniquement sur les téléchargements numériques. Fini les disques, place au tout-dématérialisé.

Le vrai scandale, c’est la suite. Sony avait laissé entendre qu’un système de transfert serait proposé aux propriétaires de jeux et films UMD. Cela contrastait pourtant avec les déclarations du directeur marketing hardware de Sony Computer Entertainment America, qui avait évoqué un « programme de bonne volonté » permettant aux possesseurs d’UMD de télécharger les jeux qu’ils possédaient déjà. Résultat ? Rien. Un représentant de Sony a expliqué à GameSpot qu’ils évaluaient un programme de conversion UMD, mais que, pour des raisons légales et techniques, ils ne le proposeraient pas.

Concrètement, pour les possesseurs de films UMD, cela signifiait une chose : leurs disques ne valaient plus rien sur la nouvelle génération de consoles portables Sony. Pas de dématérialisation, pas de rachat à prix réduit, pas de passerelle. Juste un tiroir plein de plastique devenu inutile du jour au lendemain. Quelques rumeurs ont bien évoqué un lecteur UMD externe compatible avec la PSP Go, notamment porté par Logitech, mais l’idée n’a jamais dépassé le stade de la blague potentielle entre journalistes tech.

Ce qu’il reste du format aujourd’hui

Le déclin des ventes de films UMD s’explique aussi par une évolution technologique que Sony n’avait pas anticipée à sa juste mesure : l’essor fulgurant de la mémoire flash. La mémoire flash était un marché en évolution rapide : les capacités augmentaient, les prix baissaient, et elle a rapidement pu franchir la barre du gigaoctet à des prix abordables, ce qui a signé le début de la fin pour l’UMD. En clair, pourquoi acheter un disque optique fragile quand une carte mémoire fait mieux, plus vite et sans pièce mobile qui s’use ?

Le catalogue final reste tout de même impressionnant sur le papier. On compte environ 1 500 films sortis en UMD, dont près de 1 000 disponibles dans toutes les régions et environ 500 exclusifs à certaines zones géographiques. Mais ce chiffre cache une réalité cruelle : la grande majorité de ces titres est sortie entre 2005 et 2007, avant que le robinet ne se ferme progressivement. Avec le temps, de moins en moins de films UMD sont sortis, les distributeurs privilégiant les sorties numériques via le PlayStation Store.

Pour qui possède encore ses UMD aujourd’hui, la seule option reste une PSP classique (modèles 1000, 2000 ou 3000) en état de marche, un lecteur mécanique vieux de deux décennies, forcément sujet à l’usure. Aucune conversion officielle, aucune bibliothèque numérique de secours, aucun moyen légal de récupérer ces films ailleurs. Le format n’a jamais été relancé, jamais réhabilité, jamais évoqué dans une quelconque rétrocompatibilité PS Vita ou PS5. Il repose là, figé dans une poignée de boîtiers en plastique transparent, souvenir tangible d’un pari que même Sony a fini par abandonner sans grand bruit.

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