Le mot en question, c’est « Frozen ». Sur les toutes premières affiches et bandes-annonces françaises diffusées en 2013, le film d’animation Disney s’appelait « Frozen : La Reine des Neiges ». Puis, avant la sortie en salles, un choix éditorial a tout changé : Disney a supprimé « Frozen » pour ne garder que « La Reine des Neiges ». Un geste qui semble anodin, mais qui a en réalité ressuscité un titre vieux de près de 170 ans, celui du conte de Hans Christian Andersen publié en 1844.
À retenir
- Pourquoi Disney a-t-il choisi d’abandonner le titre « Frozen » à la dernière minute en France ?
- Quel lien secret relie le film Disney à un conte danois vieux de 169 ans ?
- Comment un simple mot supprimé d’une affiche a tranché un débat entre patrimoine et stratégie commerciale
Un titre de travail qui a fait le tour du monde à l’envers
L’histoire commence aux États-Unis, et elle est presque un miroir inversé de ce qui s’est passé en France. Pendant la production, le titre original change de The Snow Queen (« La Reine des neiges ») à Frozen (« Gelée »). les studios ont d’abord travaillé avec le titre du conte d’Andersen, avant de le remplacer par un mot plus punchy, plus vendeur, plus « Disney des années 2010 ». Ce renommage suscite des comparaisons avec Tangled (« Emmêlés », titre original de Raiponce), un autre classique qui avait lui aussi troqué un titre classique contre une étiquette plus moderne et mystérieuse.
Le producteur Peter Del Vecho a justifié ce choix à l’époque. Selon Peter Del Vecho, « le titre Frozen est venu indépendamment de l’autre film Disney, Tangled. C’est parce que, pour nous, cela représente le film. Frozen évoque la glace et la neige. De plus, la relation figée entre les deux sœurs, ainsi que le cœur gelé qu’il faut faire fondre ». Un argument marketing solide, sauf que dans plusieurs pays, dont la France, ce nouveau nom n’a jamais totalement pris le dessus sur l’ancien.
La France a d’abord suivi, puis fait machine arrière
Voilà le twist le plus savoureux de cette histoire : au tout début de la campagne promotionnelle française, Disney a d’abord calqué le titre américain. Les premiers teasers et affiches parlaient bien de « Frozen : La Reine des Neiges », un compromis entre le nom anglais et une traduction du conte original. Mais ce compromis n’a pas survécu jusqu’à la sortie en salles. En français, il était prévu que le titre soit Frozen : La Reine des neiges, il est finalement simplifié en La Reine des neiges.
En clair : un seul mot, « Frozen », a disparu des affiches avant le 4 décembre 2013, jour de la sortie nationale. Et ce mot en moins a suffi à faire ressurgir intégralement le titre du conte d’Andersen, celui-là même que les scénaristes américains avaient abandonné en cours de route. C’est presque ironique : pendant que les États-Unis s’éloignaient du patrimoine littéraire pour se rapprocher du marketing pur, la France faisait le chemin inverse.
Peter Del Vecho avait d’ailleurs anticipé ce genre de décision locale. Il a également précisé que le film conserverait son titre original, « The Snow Queen », dans certains pays : « car ce titre a trouvé un écho plus fort dans certains pays que “Frozen”. Peut-être que “La Reine des neiges” est ancrée dans le patrimoine culturel de ces pays ». La France en est l’exemple parfait : difficile de vendre un Disney de Noël sous un nom anglais quand le conte source fait partie du patrimoine culturel commun depuis des générations.
Un conte publié en 1844, soit 169 ans avant le film
Reste la question de l’ancienneté. Le conte original, Sneedronningen en danois, a une histoire bien documentée. De son titre original Sneedronningen, la Reine des neiges (Snow Queen en anglais) est un conte du danois Hans Christian Andersen qui fut publié pour la première fois en 1844 au sein d’un recueil. Entre cette publication et la sortie du long-métrage Disney, il s’est donc écoulé 169 ans, largement plus d’un siècle. Et le texte n’a jamais quitté les rayonnages : devenant l’une des plus célèbres histoires d’Andersen, elle sera régulièrement republiée dans multiples collections, et réimprimé aussi en version illustrée pour enfants.
Un détail confirme d’ailleurs à quel point Disney s’est amusé avec cette date d’origine, sans totalement s’en éloigner. Dans le film, l’action se situe dans les années 1840, un clin d’œil direct à l’année de publication du conte. Lorsque les deux sœurs tombent sur la carte du pays, la date indique MDCCCXL, ce sont les chiffres romains pour l’année 1840 ; le conte La Reine des Neiges de Hans Christian Andersen, qui a inspiré le film, a été publié en 1844. L’intrigue elle-même reste très libre par rapport au texte danois, mais l’hommage temporel est assumé jusque dans les détails de production.
Ce qui frappe, avec le recul, c’est que Disney n’a jamais vraiment tranché entre les deux logiques. Le studio a lancé « Frozen » comme un nom de marque taillé pour l’international, tout en laissant filtrer, pays par pays, le vieux titre d’Andersen dès que le contexte culturel s’y prêtait. En France, il aura fallu attendre la toute dernière ligne droite avant la sortie pour que ce choix soit définitivement arbitré, un mot supprimé sur une affiche suffisant à trancher un débat vieux de plus d’un siècle entre patrimoine littéraire et stratégie marketing.
Sources : disneyfrozen.forumactif.org | franceinfo.fr